USA-Cuba : la guerre est finie !

USA-Cuba : la guerre est finie !
Sur le compte Twitter de la Maison Blanche : Barack Obama s'entretenant avec Raul Castro.

Sur le compte Twitter de la Maison Blanche : Barack Obama s’entretenant avec Raul Castro.

C’est historique, mercredi 17 décembre 2014, Washington a annoncé le rétablissement des relations diplomatiques avec La Havane. A Miami de nombreux exilés cubains ont manifesté en dénonçant cette nouvelle politique.

Un communiqué de la Maison-Blanche l’a annoncé mercredi : « Dans les prochains mois, nous rétablirons une ambassade à La Havane et mènerons des échanges et visites à haut niveau entre nos deux gouvernements dans le cadre d’un processus de normalisation ». Le leader cubain Raul Castro a confirmé la nouvelle à la télévision, assurant à ses concitoyens que « Obama mérite le respect ».

 » TODOS SOMOS AMERICANOS « 

obama castro

La poignée de main historique entre Barack Obama et Raul Castro lors des obsèques de Nelson Mandela l’an passé.

« Nous sommes tous des Américains », c’est ce qu’a déclaré en espagnol à la télévision le président Obama 52 ans après la fin des relations diplomatiques entre les deux pays, 25 ans après la fin de la Guerre Froide, et 1 an après la première poignée de main entre Raul Castro et Barack Obama, les relations prennent le chemin de la normalisation. L’événement est d’importance à plus d’un titre, notamment en raison du blocus instauré par les Etats-Unis durant toutes ces décennies contre l’île voisine, et qui lui aura coûté plus de 116 milliards de dollars (1).

Conséquence immédiate, dans la journée, l’américain Alan Gross a été libéré des prisons cubaines et transféré vers les Etats-Unis. Plus de cinquante personnes considérées par les Etats-Unis comme des « prisonniers politiques » seraient en cours de libération depuis plusieurs semaines par le régime communiste.

De manière moins symbolique, l’accord comprend plusieurs allègements, comme par exemple des autorisations d’entrées plus faciles à Cuba pour les citoyens américains, même si la libre circulation totale ne peut être rétablie que par le Congrès (où Obama n’a plus la majorité), tout comme le libre échange des biens. Le commerce entre les deux pays sera donc dans un premier temps rétabli dans quelque secteurs seulement. Les transactions bancaires devraient être également facilitées, tout comme les paiements par cartes de crédit utilisées par les citoyens américains à Cuba. Les sociétés de télécommunications américaines seront autorisées à vendre du matériel sur l’île.

LE DISCOURS D’OBAMA :

L’OPPOSITION RESTE VIVE

Philippe Létrilliart, Tomas Regalado (maire de Miami) et Ana Cristina Carrodeguas

Tomas Regalado (maire de Miami), au centre, lors de sa venue au 14 juillet français en juillet dernier.

En Floride, cette nouvelle n’a pas fait que des heureux, loin de là. A Miami les manifestants ont convergé en nombre vers le Café Versailles, haut lieu des manifestations anti-castristes sur la « calle Ocho » de Little Havana, entourant entre autres le maire de la ville, Tomas Regalado (lui-même ayant fui Cuba dans sa jeunesse), qui s’est déclaré non seulement hostile à ces négociations en assurant qu’il s’opposerait à l’éventuelle ouverture d’un consulat cubain à Miami.

Au lendemain de sa déclaration d’intérêt pour la présidence des USA, l’ancien gouverneur Républicain de Floride, Jeb Bush, a déclaré qu’il s’opposerait à cet accord. De même pour le sénateur Républicain de Floride (et d’origine cubaine) Marco Rubio, étoile montante du parti. Le président (républicain) de la Chambre des représentants, John Boehner, a été clair : il y aura une forte bataille contre la levée de l’embargo. Pour lui, l’action de la Maison-Blanche est « une longue série de concessions irréfléchies à une dictature qui brutalise son peuple et complote avec nos ennemis« . (…) « Cela va encourager tous les pays qui soutiennent le terrorisme« .

L’OPINION PUBLIQUE FAIT LA DIFFERENCE

L'ex-dictateur Fidel Castro ne serait pas associé aux négociations avec les USA (ici à droite en compagnie d'Ernesto Che Guevarra lors de la révolution cubaine).

L’ex-dictateur Fidel Castro ne serait pas associé aux négociations avec les USA (ici à droite en compagnie d’Ernesto Che Guevarra lors de la révolution cubaine).

La Maison Blanche a précisé que des réunions secrètes entre les deux pays s’étaient déroulées sur le sol canadien grâce à l’intervention du gouvernement du Canada. Barack Obama a également remercié le pape François pour des lettres qu’il a écrit aux parties en octobre dernier afin d’encourager au dénouement de ce conflit d’un demi-siècle.

Par delà ces positions de principes, 66% des Américains étaient désormais favorables au rétablissement des relations entre leur pays et Cuba selon les plus récents sondages, et seulement 27% y étaient opposés. La communauté cubaine aux Etats-Unis semblaient également pencher vers une levée de l’embargo, et les dernières élections en Floride, le 4 novembre 2014, ont certainement dû jouer également dans cette décision de la Maison-Blanche. En effet, si le gouverneur Républicain Rick Scott a été réélu (de justesse), le sud-est de la Floride, dont Miami, a majoritairement voté Démocrate ; et Rick Scott a même perdu 12 points dans la communauté latino. L’enjeu électoral n’existait donc plus vraiment.

1 -  Selon les déclarations en septembre dernier d’Abelardo Moreno, vice-ministre cubain des Affaires Etrangères
La couverture du New-York Times du 4 janvier 1961, au lendemain de la fin des relations diplomatiques entre Cuba et les USA

La couverture du New-York Times du 4 janvier 1961, au lendemain de la fin des relations diplomatiques entre Cuba et les USA

COMMENTAIRE DE LA REDACTION : 

HOUSE OF CARDS A WASHINGTON

Si l’apaisement des relations entre les Etats-Unis et Cuba ont été saluées le jour même par de nombreux présidents, un contexte international tendu ne peut pas être omis de l’analyse. Ces dernières années les Etats-Unis ont participé à la destruction de plusieurs pays alliés de la Russie (Libye, Syrie) : ont soutenu des révolutions contre des pouvoirs également alliés de Moscou (Ukraine, Egypte). Une baisse vertigineuse et totalement imprévue (et incompréhensible) du cours du pétrole est arrivé juste avant cette annonce de la reprise des relations diplomatiques entre Cuba et les Etats-Unis, entrainant une chute brutale du rouble ce même mercredi, et une crise économique dans les pays dont l’économie est liée à la production de pétrole, avec en tête la Russie et le Venezuela… deux alliés traditionnels de Cuba. Coïncidence ? Peut-être. Mais la Russie ne le verra certainement pas de cet œil-là. Si le réchauffement des relations cubano-américaines mettent ainsi définitivement un terme à la Guerre Froide, il se pourrait qu’elles soient aussi le signe d’une nouvelle Guerre Froide entre USA et Russie ; une carte lancée dans le jeu international… comme dans la série House of Cards !

Gwendal GAUTHIER



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