Christian de Berdouaré (Chicken Kitchen) : « Je vais ouvrir 10 000 restaurants »

Christian de Berdouaré (Chicken Kitchen) : « Je vais ouvrir 10 000 restaurants »

L’histoire de Christian Mahé de Berdouaré n’est pas seulement celle d’une success story pour les français de Floride, mais tout simplement l’une des plus fascinantes, y compris pour les Américains du Sunshine State. Et le fondateur de la chaîne de fast-food Chicken Kitchen ne compte pas en rester là ! Rencontre avec un « chickenologue »…

La couverture du Miami New times du 15 janvier 2015.

La couverture du Miami New times du 15 janvier 2015.

« Je n’ai qu’un seul passeport, c’est le français », dit avec un infime accent italien celui qui, par choix et par la force des choses, se définit tout de même comme un « citoyen du monde ». « Je me sens chez moi en France, en Italie et aux Etats-Unis ». A 58 ans, Christian porte néanmoins toujours à l’auriculaire un lien avec huit siècles d’histoire française : la chevalière de l’illustre noblesse d’épée bretonne des Mahé. Emblèmes de la famille, des haches et des demi-lunes y sont gravées. La conquête et le rêve : bienvenue dans l’univers de Christian de Berdouaré !

Ces dernières années il a acheté avec sa femme quatre maisons de North Bay Road, le quartier le plus chic de Miami Beach, dont celle – toute rose – de l’ancien baron de la drogue Pablo Escobar. « Je vais la raser », assure-t-il en montrant les images de synthèses de ses grandioses projets immobiliers. Mais Christian accueille très simplement dans sa maison de North Bay, au bord de la piscine où fut prise la fameuse photo des Beatles lors de leur séjour à Miami. Il va la raser aussi, même s’il est fan des Beatles : rien n’arrête les visions de Christian de Berdouaré. Elles sont toujours nombreuses et il les a depuis tout jeune. Car, avant son atterrissage à Miami, que la route fut longue…

NE PRES DU NIL

Un proverbe africain assure que toute personne née près du Nil trouvera la fortune. « Je suis retourné à Khartoum, il y a une vingtaine d’année, voir la maison où je suis né, et elle est vraiment juste au bord du fleuve. ça devait être prédestiné ». Son père y travaillait dans l’industrie pétrolière, mais un an après la naissance de Christian, il décède lors d’un accident. Sa maman étant Grecque, de 8 ans à 12 ans c’est dans ce pays qu’il poursuivra son enfance, avant de partir pour le lycée Français de Rome, puis pour l’Ethiopie où il restera jusqu’à ses 18 ans, le tout entrecoupé chaque été par des vacances au Pouliguen (près de La Baule en Bretagne).

Le bac passé, Berdouaré s’inscrit à l’université de Paris II Assas. « J’y suis resté 3 mois. Le froid, la déprime… et puis je souhaitais travailler immédiatement, c’était en moi. Je parlais 7 langues. Je suis devenu courtier en matières premières – surtout en café et cacao – à Londres, à Paris…  J’étais ami avec le « milliardaire rouge » Jean-Baptiste Doumeng qui faisait du commerce avec Moscou. Je lui ai monté une succursale de matières premières à Madagascar, et il m’a dit : « si on gagne de l’argent je te donnerai ta part ». On avait 4 à 5 millions de dollars de profits, alors à la fin de l’année je lui ai rappelé sa promesse. Il m’a répondu « tu es trop jeune pour gagner autant d’argent, mais tu vas rester avec moi et tu deviendras riche ». Je lui ai dit adieu. J’ai monté ma première société de courtiers avec mon frère quand j’ai eu 25 ans. On a gagné 1 million de dollars la première année, mais moins les deux suivantes. François Mitterrand est arrivé au pouvoir en 1981, et je sentais les idées de gauche progresser partout. Moi j’étais pour le free market, et j’ai bien senti dès cette époque que la France n’était pas du tout sur cette voie-là. J’ai toujours eu cette facilité à attirer des investisseurs, et puis j’étais absolument certain que j’allais avoir une success story.  C’est comme ça que nous nous sommes retrouvés avec mon frère sans trop d’argent à New-York. »

CHICKENOLOGUE

La fameuse piscine des (jeunes) Beatles à Miami. En fait ils s'étaient juste baignés pour la photo et, pour la petite histoire, l'eau était même très froide !

La fameuse piscine des (jeunes) Beatles à Miami. En fait ils s’étaient juste baignés pour la photo et, pour la petite histoire, l’eau était même très froide !

Le sombre ciel du nord, Christian de Berdouaré n’a jamais pu s’y faire. Un jour qu’un déluge s’abat sur la Grosse Pomme, ils s’abritent lui et son frère sous le store d’un petit restaurant de la 2nd Avenue. « Il y avait des poulets dans la vitrine. On a décidé de rentrer. C’était un Grec qui tenait ça avec sa soeur et sa mère. Il avait trois restaurants et il nous les a vendus pour 1M$ après nous avoir expliqué que ça tournait à plein régime. On l’a cru. Et on s’est fait arnaquer ! » Néanmoins, après avoir rebaptisé la chaîne « Chicken Kitchen » Christian a eu cette vision, d’une chaîne de fast-food à base d’aliments sains et grillés ; vision qui ne l’a jamais lâché jusqu’à aujourd’hui, malgré le temps et les épreuves qui furent nombreuses. Dettes colossales à rembourser, livreurs qui s’adonnent en même temps au trafic de drogue envahissant New-york dans ces années 1980 ; loyers augmentant à vitesse vertigineuse : les affaires ne marchent pas bien dans les 5 restaurants de la chaîne, et les rêves de grandeur ne peuvent s’accomplir. « Et puis on a vendu une première franchise en dehors de New-York, ici à Miami. Je suis venu aider à la monter… et j’y ai rencontré ma première femme. J’ai vendu les restaurants de New-York, le père de ma femme à investi dans l’entreprise, et j’ai tout recommencé à zéro à Miami en ouvrant trois restaurants. » Problème : Christian n’a que 49% des parts. Après un divorce tumultueux et médiatique, il perd les restaurants et se retrouve avec pour seule propriété le label de « Chicken Kitchen ». Il repart à zéro, retraverse des tempêtes tropicales avec ses associés, mais d’année en année, il essaime les Chicken Kitchen dans le sud de la Floride. « Aujourd’hui nous en avons une trentaine : deux à Houston et un à Abu Dhabi, les autres en Floride. Je suis propriétaire de 16 établissements, les autres étant franchisés. » Consacré businessman hors pair, Christian a même fait en janvier dernier la couverture du Miami New-Times grimé en Roi Soleil agrémenté de plumes de poulets et d’oeufs sur la couronne, sous le titre : « The Lord of Chicken : « Le plus excentrique magnat du fast-food de Miami décrit ses activités par-delà la volaille ».

THE LORD OF CHICKEN

L’ex maison de Pablo Escobar à Miami : Christian de Berdouaré a des projets de construction à sa place !

Alors est-t-il vraiment excentrique ? Mégalomane ? Certes, chez Christian de Berdouaré on peut passer d’une salle à manger de type manoir breton à un salon orné des oeuvres d’art contemporaines qu’il collectionne… avant d’aller nager dans la piscine des Beatles avec une vue impressionnante sur la skyline de Miami… Certes, aussi, il a sa photo sur les magasins de la chaîne. Certes il doit dorénavant répondre à de nombreuses interviews, lui qui était autrefois plus discret. Mais le trait semble très exagéré quant à ses supposées « extravagances ». « Je ne crois pas que ça me corresponde ! Peut-être quand j’étais jeune, mais aujourd’hui je suis un homme de famille, avec peu d’extravagances. Je marche une heure et demi tous les jours, et je mange à Chicken Kitchen 4 à 5 fois par semaine ! J’ai toujours cet attachement au « vieux pays » (la France NDLR) mais dès que je suis arrivé ici, j’ai eu cette vision du Miami du XXIe siècle, avec sa communauté très internationale, un centre d’affaires et bancaire très vibrant, une ville nouvelle, jeune, avec des idées nouvelles. En matière d’architecture ici tout évolue : on n’est pas limités comme à New-York City qui est devenue très conservatrice. Miami est l’exemple de la ville américaine du XXIe siècle ».

Christian de Berdouaré a marqué une petite pause dans le développement de sa carrière de « chickenologue », comme il se définit lui-même. Il a eu deux enfants de son premier mariage, et deux autres avec la journaliste Jennifer Valloppi qu’il a épousé en 1997. « Ils vont bientôt partir faire des études, alors j’aime bien rester près d’eux. Je travaille beaucoup sur la construction de mes quatre projets immobiliers à côté de chez moi », dit-il en présentant de multiples photos des intérieurs et extérieurs qu’il a personnellement travaillés avec le souci du moindre détail. Il convient de préciser que ces projets – comme celui sur la maison de Pablo Escobar – avoisinent les 40 M$…

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Christian de Berdouaré devant la skyline de Miami.

BEAUCOUP D’AMBITION POUR CHICKEN KITCHEN

L'un des restaurants de la chaîne Chicken Kitchen.

L’un des restaurants de la chaîne Chicken Kitchen.

Comme dans tout ce qu’il entreprend, Christian de Berdouaré s’investit à fond. Pour l’oeil extérieur, Chicken Kitchen est une entreprise aboutie qui dégage des dizaines de millions de dollars de bénéfices… mais pas pour Christian qui la définit comme un bébé n’ayant pas encore commencé à grandir : le rêve de sa vie a toujours été de faire de Chicken Kitchen une chaîne qui puisse rivaliser avec ses plus puissants concurrents. « Ca m’a pris 30 ans mais c’est aujourd’hui un véhicule qui est près à être lancé. Je compte en ouvrir 10 000 à 20 000 partout dans le monde. Dès que nous avions acheté les trois restaurants de New-York, j’avais eu cette vision sans limite. Pourtant ce n’était pas évident d’y voir quelque chose de profitable ! Ce n’est pas mégalo, c’est un objectif rationnel, je pense que Chicken Kitchen est maintenant prêt pour ça. Les anciennes chaînes de fast-food vont décroître dans les prochaines années. Elles ont toujours fait de fortes marges sur les frites et le Coke, mais elles ne peuvent pas intégrer comme nous des éléments plus sains. Elles ont essayé, et il a alors fallu qu’elles augmentent leurs tarifs, ce qui n’est pas possible car ça perturbe trop leurs clients. Donc, en parallèle, année après année, d’autres enseignes comme la nôtre se sont développées et les concurrencent. Je pense que d’ici quelques années, vous trouverez moins de McDonald’s qu’aujourd’hui et avec une gamme de produits moins grande. C’est le bon moment pour nous de passer à la vitesse supérieure, d’autant que notre cuisine naturelle est plus adaptée à ce que demandent certains pays comme par exemple en Europe, mais aussi aux Etats-Unis où les consommateurs souhaitent une cuisine plus évoluée qu’auparavant. »

Il y aura donc, sans nul doute, de nouveaux chapitres de conquêtes et de rêves à écrire dans la biographie du Lord of Chicken !

www.chickenkitchen.com

Miami : Un Français fait une mystérieuse découverte en détruisant la maison de Pablo Escobar

 

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2 comments

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  1. Legrand
    Legrand 20 janvier, 2016, 01:29

     » Nous nous sommes retrouvés avec mon frère sans trop d’argent à New York  » … en parlant du Grec :  » Il avait 3 restaurants et nous les a vendus pour 1 million de dollars  » …!!!!!!!
    Que cet homme soit courageux , audacieux , tenace , c’est certain , mais arrêtez de nous prendre pour des idiots , merci .

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