L’Amérique n’a plus de gender idéal !

L’Amérique n’a plus de gender idéal !

Les « transgenres » font la Une des médias américains depuis un an, et les lois et règlements changent en leur faveur. Vous n’êtes pas concernés ? Peut-être bien que si… En tout cas il est difficile d’échapper au phénomène en ce moment !

Bruce Jenner change de nom...

Bruce Jenner change de nom…

Depuis longtemps à l’affiche des manifestations LGBT (« Lesbian, gay, bi, trans »), les « transgenres » étaient jusqu’à présent néanmoins considéré(e)s comme un phénomène marginal. Il n’y a pour le moment aucune personnalité « transgenre » en France ou au Québec à avoir pris une dimension médiatique importante, mais aux USA le phénomène a pris beaucoup d’ampleur.

On les appelait autrefois des « transsexuel(le)s », mais ce terme est désormais une sous-catégorie des « transgenres » : les personnes qui n’ont pas une apparence identique à leur identité sexuelle de naissance. Et depuis le début des années 2010, on en parle beaucoup. En 2010, Victoria Kolakowski devient la première juge transgenre du pays (en Californie). Une autre apparition contribua au phénomène en 2011, avec la participation de Chaz Bono à l’émission Dancing with the Stars. Chaz – qui apparaissait alors sous une apparence masculine- est la fille du célèbre duo Sony & Cher (« I Got You Babe »). La même année, c’est Harmony Santana qui reçut le premier « award » en tant qu’actrice. En 2012 le chanteur rock Tom Gabel devenait la chanteuse « Laura Jane Grace » et le metteur-en-scène hollywoodien Larry Wachowski prenait l’identité de « Lana ».

L’affaire Bradley Manning a également fait couler beaucoup d’encre. En 2010, cet analyste militaire qui n’a alors que 23 ans transmet des documents classés « secret défense » à WikiLeaks qui les rend publics. Arrêté, Mannings sera condamné à 35 ans de prison en 2013. Le lendemain il déclare être transgenre. Le 23 avril 2014 il change officiellement d’identité et devient « Chelsea Mannings ». Outre le fait qu’il devra purger sa peine dans une prison pour femme, les conséquences de ce genre de changements sont également publics : il n’y a par exemple plus de page Wikipedia sur Bradley Manning, mais sur « Chelsea Manning ».

Révolution sur la couverture du magazine de la famille américaine, avec Laverne Cox à la Une.

Révolution sur la couverture du magazine de la famille américaine, avec Laverne Cox à la Une.

En 2014, les couvertures des magasines s’y sont mis, avec l’actrice Laverne Cox sur celle de Time en juin. Cox fut ensuite nominée pour un Emmy Award durant la même année pour son rôle dans la série « Orange Is the New Black ». Toujours la même année, le musée d’histoire américaine (l’un des fameux Smithonian’s de Washington) a acquis des objets ayant appartenu à des transgenres (il détenait déjà le gant de Michael Jackson ou encore les souliers de rubis de Dorothy dans le Magicien d’Oz, etc…). Le plus gros « buzz médiatique » advint en juin 2015, avec l’annonce de l’ex-champion de décathlon Bruce Jenner (et beau-père d’une des Kardashian) de devenir « Caitlin Jenner » après son divorce, à l’âge de 66 ans. Le mois suivant, Jenner faisait la couverture de Vanity Fair (légèrement) habillé en femme. Le succès de la série « Transparent » (sur Amazon) est également à noter.

Beaucoup pensent qu’il s’agit-là d’un « effet de mode », mais ce n’est pas si certain. En 2014, la discrimination sur le genre a par exemple été bannie par l’U.S. Department of Education. Et c’est la même année que le président Obama a rajouté « l’identité de genre » à la liste des catégories interdites de discriminations pour les emplois dans l’administration fédérale. Depuis lors, des textes sont aussi émis (et débattus) dans les différents corps d’armée.

Toujours durant ces dernières années, des organisations importantes ont annoncé « s’ouvrir aux trans », comme les Girl Scouts ou encore l’Eglise Episcopale, plus vieille église protestante des Etats-Unis, considérée pendant des siècles comme « l’Eglise de l’élite américaine ». Certaines organisations juives américaines reconnaissent aussi les transgenres, et les associations féministes les intègrent de plus en plus dans leurs campagnes de défenses des femmes.

Comme dit en introduction, les autres pays ne connaissent pas de tels phénomènes. Néanmoins des évolutions existent. Par exemple, depuis le 1er octobre, il est possible de changer d’identité sexuelle au Québec sans avoir réalisé de chirurgie au préalable (ce qui va être très utile aux Snowbirds quand ils rentreront au pays, n’est-ce pas ?). Dans les médias aussi les « trans » sont plus visibles. En janvier, la chaîne MOI&cie a lancé une série en 10 épisodes baptisée « Je suis trans », suivant le quotidien de 5 personnes transgenres. Et le 16 novembre Télé-Québec avait programmé une émission sur le thème que voici : « Les enfants trans ».

Bradley Manning devient Chelsea Manning...

Bradley Manning devient Chelsea Manning…

En France, des députés PS ont déposé l’an passé une proposition de loi afin de faciliter les changements d’Etat Civil pour les personnes « transgenres », mais elle n’a pas encore été mise à l’ordre du jour. Le débat ne sera pas calme, comme l’a démontré la levée de bouclier face aux « théories du genre » en 2014. Le gouvernement français était accusé de vouloir introduire ces théories (d’origine américaine) dans les écoles françaises où les enfants seraient (pour certains) « conditionnés » à être des garçons ou des filles. Certains ont alors rappelé à la ministre de l’Education Najat Vallaud-Belkacem (NVB) que ce n’était pas spécifiquement à l’école de s’occuper de ces choses-là, et de nombreuses familles ont participé à une « journée de retrait de l’école » ; retirant leurs enfants des écoles publiques (notamment des familles musulmanes). La ministre a assuré que l’introduction de la théorie du genre n’était pas d’actualité dans les écoles françaises, mais ses propos en faveur de « la théorie » lui ont alors été rappelés : « La théorie du genre, qui explique «l’identité sexuelle» des individus autant par le contexte socio-culturel que par la biologie, a pour vertu d’aborder la question des inadmissibles inégalités persistantes entre les hommes et les femmes ou encore de l’homosexualité, et de faire œuvre de pédagogie sur ces sujets.« (NVB en 2011 dans le journal 20 Minutes).

Aux Etats-Unis c’est l’inverse : les législations ont commencé à changer alors que le débat n’a pas (ou pas encore) eu lieu au niveau national (1). Au niveau local, néanmoins, des écoles ou d’autres établissements ont commencé à lever le bouclier, entre autres pour des histoires de toilettes. Généralement elles comportent un logo spécifiant qu’elle sont réservées à tel ou tel sexe, et il n’y a pas de « troisième porte » de prévues pour le « troisième sexe ». Des femmes ne souhaitent pas que des hommes viennent dans leurs toilettes, même s’ils sont habillés en femmes (!). Et quand il s’agit d’enfants, le problème est encore plus important et polémique…

En tout cas les services évoluent (très doucement toutefois) vers une assexuatisation. Par exemple depuis 2011, quand un patron américain vérifie le numéro de sécurité sociale d’un employé, les incohérences de sexe ne lui sont plus signifiées par l’administration. Auparavant s’il vérifiait l’identité d’une employée « transgenre », la Sécu lui aurait répondu qu’il y avait un problème. En 2014, le réseau social Facebook a suivi le mouvement en introduisant une douzaine d’options pour définir son « genre ». Vous n’êtes donc plus obligés d’être un homme ou une femme, et vous avez le choix des pronoms qui seront utilisés pour vous désigner : « elle, lui, eux ». On peut même dorénavant utiliser des descriptions comme « parent » ou « enfant » qui sont volontairement là pour remplacer « mère », « père », « fille », « fils » de manière a être neutre au niveau du genre.

Evidemment les crispations et anecdotes ne manquent pas face à ces changements, et les « combats contre la discrimination » prennent parfois des tours cocasses quand les étudiants toujours prompts à défendre de nouveaux droits se retrouvent à lutter « contre le caractère discriminatoire » de la pièce « Les Monologues du Vagin »… discriminatoire à l’encontre… des femmes qui n’ont pas de vagin (2) ! Le débat se déplace alors sur le bienfondé du « politiquement correct à outrance ».

– 1 – Tout le monde n’apprécie pas forcément les débats conflictuels comme les Français, même si Donald Trump se chargera bien à un moment ou à un autre d’une diatribe « politiquement incorrecte » sur le sujet. C’est d’ailleurs un peu dommage de lui laisser le monopole de sujets importants.

– 2 – En janvier dernier au Mount Holyoke College (Massachussets).

 



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