Le show électoral va s’accentuer (Le point sur les élections américaines)

Le show électoral va s’accentuer (Le point sur les élections américaines)

Vous avez apprécié (ou pas !) le début de la campagne électorale américaine ? Vous allez être servis jusqu’au 8 novembre !

Très discrète pendant l’été, hormis au moment de la Convention Démocrate de juillet, Hillary Clinton savait qu’elle avait bien le temps pour affronter les télévisions nationales. D’une part, elle est assez expérimentée pour savoir qu’une élection se joue souvent au dernier moment… et elle n’ignore pas non plus le challenge qui va s’imposer à elle d’ici une poignée de semaines, le moment spectaculaire que tout le monde attend : celui des trois débats où elle va devoir affronter Donald Trump en face-à-face et en direct. Ces débats entre Trump et Clinton auront tous lieu à 21h (côte est) le 26 septembre (Hempstead, NY), le 9 octobre (Saint-Louis, MO) et le 19 octobre (Las Vegas, NV). Le 4 octobre il y aura aussi le débat entre les « vice-présidents » : Tim Caine et Mike Pence. Les débats seront visibles sur (entre autres) C-SPAN, ABC, CBS, FOX, NBC, CNN, Fox News et MSNBC.

EDITORIAL : La campagne électorale américaine empire… en attendant pire !

Gwendal Gauthier, éditeur du Courrier de Floride.

par Gwendal Gauthier, directeur du Courrier de Floride.

Tous les quatre ans, les médias étrangers (aux Etats-Unis) sont unanimes : la campagne présidentielle est pire que la fois précédente. Coups bas, médiatisation des petites phrases, communautarisme électoral à outrance… et démonstrations financières : à chaque fois la même escalade. Mais cette année, tout le monde est d’accord… c’est vraiment un record ! Il n’y a pas même eu de trève estivale, et les balles ont sifflé dans tous les sens. Hillary Clinton ne se sort pas des accusations sur l’utilisation d’une boîte email personnelle alors qu’elle était Secrétaire d’Etat. Mais c’est surtout Donald Trump qui est la cible principale d’à peu près tout ce que l’Amérique compte de médias, de blogueurs, de commentateurs et de tagueurs ! The Donald se plaint de plus en plus de médias « dishonest », après avoir tout de même bien profité de leur appétit pour ses petites phrases et sorties politiquement incorrectes. C’est le revers de la médaille !

time-cover-trump-meltdownEt quel revers : la moindre de ses petites phrases est commentée par des milliers de personnes ; sa femme se retrouve nue sur deux couvertures d’affilée du New-York-Post ; au moindre sondage négatif on parle de « chute libre de Donald Trump » (voir la couverture de Times), « d’explosion du Parti Républicain », et quand Trump fait une plaisanterie en demandant à « Poutine s’il peut retrouver les emails égarés d’Hillary Clinton », les médias américains assurent le plus sérieusement du monde que Donald Trump appelle vraiment Poutine à espionner la candidate démocrate !
Ca vole très très très bas. Hillary Clinton a une part de responsabilité dans tout cela : hormis la convention démocrate fin juillet qui l’a vue sur le devant de la scène pendant une semaine, et propulsée dans les sondages, elle n’est quasiment pas apparue dans les médias nationaux de tout l’été (en tout cas jusqu’au 29 août, jour de la rédaction de cet éditorial). Il s’agit bien évidemment d’une stratégie de la part de la candidate, dont les conseillers préfèrent vraiment quand elle fait une campagne de proximité. En tout cas… son absence laisse le champ libre aux petites phrases et autres amabilités qu’elle a certainement raison de fuir !

En juillet, les conventions nationales des deux partis ont amené quelques citations qui feront date, comme celles de Michelle Obama : « Je me réveille chaque matin dans une maison construite par des esclaves« , a-t-elle lancé en voulant souligner pourquoi elle pensait que les USA sont le plus grand pays de la planète. « Ne laissez personne vous dire que ce pays n’est pas grand, ou que nous aurions besoin de le rendre « great again », parce que, en ce moment même, c’est le plus grand pays de la Terre. » Son président de mari a également été écouté quand il a déclaré sur un tout autre sujet : « C’est absolument de la responsabilité des hommes de combattre le sexisme. Et comme époux, partenaires et amis, nous devons travailler dur pour créer des vraies relations d’égalité. » L’appel des Obama à soutenir la candidate démocrate a été clair et précis. Autre appel sans ambiguïté pour Hillary Clinton, celui de l’ex-candidat à la primaire, Bernie Sanders. Le sénateur du Vermont n’est pas passé loin de la victoire durant les Primaires, créant un raz-de-marée progressiste et radical dans la jeunesse américaine. L’embellie électorale de Mme Clinton est en partie liée à cet appel de Sanders à voter pour elle en juillet, mais il est difficile de dire à quel point les américains radicalisés écouteront leur mentor et reporteront à sa demande leurs suffrages sur celle que Sanders qualifiait quelques semaines auparavant de « candidate de Wall Street ».

Conséquence de ce climat (également évoqué dans l’éditorial), les outsiders sont assez haut dans les sondages : Jill Stein (Greens) est aux alentours de 4%, alors que Gary Johnson (Libertarians) tourne autour des 10% (dont Donald Trump aurait bien besoin).

DE NOUVELLES FRACTURES SOCIALES

Donald Trump à Fort Lauderdale

Le 10 août dernier lors de la réunion publique de Donald Trump à Fort Lauderdale.

Par delà les discours des élus, généreux ou provocants, l’élection continue jour après jour d’apporter des interrogations et des révélations sur le pourquoi de cette colère américaine incarnée par les percées électorales de Trump et Sanders. Progressivement, chacun se rend compte que les Etats-Unis, s’ils ont des signaux économiques plus que favorables, n’en font pas profiter tous leurs citoyens : les USA ne sont pas « great » pour tout le monde. Après une période d’attente (après l’élection de Barack Obama il y a 8 ans) la communauté afro-américaine se radicalise de plus en plus. Comme toutes les minorités aux Etats-Unis, elle a progressé sur le plan économique, mais… cela ne va pas vite, c’est le moins qu’on puisse dire (et la crise de 2007 n’a non plus pas aidé). Quant à la majorité, elle a aussi envie d’être entendue. Certaines études sur les « White Americans » commencent à être alarmantes, comme par exemple celle publiée en décembre par la National Academy of Sciences (avec en co-auteurs deux économistes de Princeton, Anne Case et Angus Deaton) qui révèle une élévation continue de la mortalité entre 1999 et 2013 chez les « Blancs non-hispaniques en milieu de vie » (1). Suicide, drogue, sida, mauvaise alimentation et alcoolisme entraînant des cirrhoses : les « Blancs » sans diplômes supérieurs sont eux aussi dans l’impasse et ont un sacré coup de blues. Les revenus des plus pauvres n’auraient en fait pas augmenté depuis les années 1960, assurent certaines études, alors que le coût de la vie ne s’est pas gêné pour monter en flèche, notamment au niveau de la santé ou des frais de scolarité, par exemple. En 2012, déjà, le spécialiste en sciences sociales (très débattu) Charles Murray avait étudié le phénomène dans son livre « Coming Apart », concluant que s’étaient créées aux USA deux nouvelles « classes sociales blanches », les hyper-pauvres et les hyper-riches, dont la séparation sociale serait selon lui établie par le niveau de scolarisation. Le « degree » et la qualité de écoles sont de facto de forts moteurs de ségrégation aux Etats-Unis, et pas uniquement chez les « Whites ».

Alors, certes, ce n’est peut-être que passager, et les USA ne courent pas forcément au désastre. Par exemple, en juillet 2016, 250 000 emplois ont été créés, et le taux de chômage national est de 4,9% seulement. De ce côté-là, tout va bien. Mais nombre de ces emplois étant sous-qualifiés et sous-payés, il n’est pas certain que ce soit suffisant pour calme l’Amérique avant l’échéance présidentielle du 8 novembre.

VERS UN INVERSEMENT ELECTORAL ?

Face à tous ces soubresauts, il apparaît insuffisant de baser uniquement les analyses électorales sur les sondages dans les « Swing States » comme on le voit trop souvent. Il pourrait y avoir des surprises. Et, comme on peut le voir… il y en a déjà eu.

Cette colère du « petit peuple » – précédemment évoquée – marquera durablement l’Amérique. Elle s’est matérialisée depuis 8 ans par une résurrection de l’activisme politique. Tea Party, Occupy Wall Street, Black Lives Matters etc… il n’y a jamais eu autant de militantisme politique aux Etats-Unis depuis les années 1970 (et comme les USA devancent souvent de quelques années ce qui se produit dans les autres pays occidentaux… Canadiens et Français devraient y réfléchir !). Au niveau électoral, peut-être Trump ne sera pas élu, mais dans tous les cas sa campagne aura des répercussions. Si les promesses de « grand changement » sont laissées à Trump, alors ce dernier récupérera des électeurs Démocrates, et il pourrait bien se produire la même chose qu’en France dans les années 1980 avec le Front National et le RPR/UMP, ou encore, plus récemment, en Angleterre avec l’UKIP : les catégories les plus pauvres délaissant la gauche pour basculer vers une droite plus contestataire des institutions. (Et vice-versa, la gauche se retrouvant être le parti conservateur des institutions.)

TRUMP JOUE SON VA-TOUT

Même si les inégalités sont ainsi très flagrantes dans le pays, les 50% d’Américains les plus pauvres ne payent que 3% du volume global d’impôts. Comment cette majorité aurait-elle pu élire lors des précédentes élections un candidat du Parti Républicain qui lui promettait de baisser les impôts des plus riches et de leurs entreprises ? Comment le Parti Républicain aurait-il pu gagner une Présidentielle ? La stratégie de Donald Trump, de ce point de vue-là, n’est donc pas forcément mauvaise pour lui, et la promesse du « grand chamboul’tout » pourrait séduire l’électorat en colère, en laissant envisager un retour – un « back again » – des richesses passées de l’Amérique. « Qu’avez-vous à perdre ?« , a ainsi demandé Donald Trump aux afro-américains durant le mois d’août ? « Vous vivez dans la pauvreté, vos écoles ne sont pas bonnes, vous n’avez pas de boulot, 58% de votre jeunesse n’a pas de travail, what the hell do you have to lose ? Si vous continuez de voter pour les mêmes personnes, vous obtiendrez exactement les mêmes résultats« . Une chanson qui pourrait trouver des auditeurs… si ce n’est chez les Afro-americains, au moins dans le reste de la société. Trump ne changera en tout cas pas de disque, il fera du Trump jusqu’au bout, même si son style provoquant est déconcertant d’un point de vue stratégique. Aucun autre candidat avant lui n’aurait parlé de la sorte, de crainte de perdre les électeurs les plus centristes.

Hillary Clinton
Il serait toutefois injuste de ne laisser le champ de la contestation qu’à Trump et Sanders. Hillary Clinton incarne aussi l’espoir d’un grand nombre, si ce n’est d’une révolution, au moins d’une continuité dans l’évolution ; dans les réformes au profit des plus démunis et d’une plus grande intégration des minorités, mais aussi des femmes qui ne sont toujours pas salariées à parité avec les hommes. C’est sur ces points-là qu’elle appuie le plus.

Reste donc à savoir quel est le poids électoral réel de cette « Amérique en colère ». Réponse le mardi 8 novembre.

(1) – http://www.pnas.org/content/112/49/15078.full

 



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