Législatives : Interview de Clémentine Langlois, candidate « La France Insoumise » sur les USA / Canada

Législatives : Interview de Clémentine Langlois, candidate « La France Insoumise » sur les USA / Canada

Clémentine Langlois est la candidate du mouvement La France Insoumise, et elle défend sur la circonscription Etats-Unis / Canada les idées portées par Jean-Luc Mélenchon durant l’élection présidentielle. Elle a 44 ans, réside à Ottawa (Canada), elle est entrepreneure du numérique et active dans le domaine de la santé (spécialisée en épidémiologie). Elle a créé l’association Fongwama qui travaille au développement d’applications open source au Congo, dans le domaine de la santé que de l’éducation. Ses adversaires devraient se méfier d’elle… car Clémentine Langlois est aussi… boxeuse ! Son suppléant s’appelle Nicolas André.

Page Facebook – Compte Twitter  – www.lafranceinsoumise.fr

LE COURRIER DE FLORIDE : Comment expliquez-vous la différence importante de scores de Jean-Luc Mélenchon au 1er tour de la Présidentielle entre les expatriés du Canada (26,77%) et ceux des Etats-Unis (9,9%) ?

Clémentine Langlois, candidate de La France Insoumise (Jean-Luc Mélenchon) sur la circonscription Etats-Unis / CanadaCLEMENTINE LANGLOIS : L’exercice démocratique a voulu que, avec près de 20% de l’ensemble des voix (soit près de 7 Millions) et à seulement 600 000 voix près, nous n’ayons pu faire élire notre candidat pour mettre en œuvre les changements portés par notre programme l’Avenir en Commun.

En ce qui concerne la 1ere Circonscription des Français à l’Etranger, il est vrai que Jean-Luc Mélenchon a réalisé un excellent score auprès des 85 000 électeurs du Canada, avec 26,77% des voix exprimées, et même jusqu’à 29,64 % à Montréal, alors que son score auprès des 100 000 électeurs des Etats-Unis est de l’ordre de 10% des voix exprimées … Même si certaines villes comme la Nouvelle Orléans ont dépassé les 20 % !

Sur un total de 45 000 voix exprimées dans notre circonscription, les chiffres sont cependant très différents selon les régions et les villes.  Il faut noter qu’il en est de même en France, où Jean-Luc Mélenchon a réalisé un score global de près de 20% avec 7 millions de voix, mais avec des différences très marquées : nous avons par exemple fait près de 30 % à Toulouse ! Les différences s’expliquent essentiellement par les contextes sociologiques locaux. Les profils et niveaux de revenus des électeurs sont probablement plus proches de notre sensibilité politique de Gauche à Montréal, où la population est composée de jeunes étudiants ou travailleurs, des jeunes familles, ou immigrée récemment avec des moyens plus faibles. Jean-Luc Mélenchon est d’ailleurs le candidat qui a le plus fédéré le vote des jeunes (moins de 30 ans) au 1er tour.

LE COURRIER DE FLORIDE : La gauche pourrait avoir la chance de ravir cette 1ère circonscription à la droite, en votant pour Roland Lescure, non ?

CLEMENTINE LANGLOIS : Il est intéressant que vous considériez Roland Lescure, candidat de ‘La République En Marche’, comme un homme de Gauche !!! Dois-je vous rappeler qu’Edouard Philippe, premier ministre du gouvernement Macron, qu’il soutient évidemment, était jusqu’à sa nomination Maire du Havre sous l’étiquette Les Républicains (LR) ?

Puis-je également rappeler que Les Républicains (LR) est le parti de Nicolas Sarkozy, qui avait choisi François Fillon comme candidat à la présidentielle ?

Dans la continuité de ce constat, puis-je aussi rappeler que, dans le gouvernement qui vient d’être mis en place, a été nommé comme ministre de l’Economie (ministère aussi important que symbolique, s’il en est), Bruno Le Maire, qui était également LR jusqu’en début d’année et était qualifié de ‘une des valeurs montantes de la droite ‘ ?

Ou encore, puis-je rappeler que le Garde des Sceaux du Gouvernement, François Bayrou, du MODEM, a été ancien ministre de l’Education d’Edouard Balladur ? Comme gouvernement ‘de gauche’, comme rénovation de la vie politique, comme projet de nouvelle société, on fait mieux …

Quant aux quelques socialistes à qui on a bien voulu offrir un poste, comme le sénateur Gérard Collomb à l’Intérieur, ils sont évidemment là comme ‘faire-valoir’ pour tenter de donner l’illusion d’une diversité de courants, au sein d’un gouvernement clairement et sans aucune ambiguïté libéral et de droite.

Roland Lescure, candidat de « En Marche » pour notre circonscription, a évidemment un parcours similaire et les mêmes idées que le premier Ministre et le Ministre de l’Economie : Chef des placements de la Caisse des Dépôts du Québec, ancien Directeur des Gestions de Groupama Assets Management, spécialiste des marchés du Crédit et des Actions … Enfin bref, un homme du peuple ???

Je crois que les électeurs commencent à réaliser que ce qu’on pourrait avec humour qualifier ‘Hollande 2 – Le Retour’ ne fait que commencer …

Il FAUT une réelle force de Gauche, forte et puissante, capable de s’opposer par tous les moyens que notre République nous donne à cette catastrophe annoncée, et qui prépare le réel changement dont notre pays a absolument besoin.

C’est en ce sens que s’inscrit mon engagement au sein de La France Insoumise, aux côtes de Jean-Luc Mélenchon.

LE COURRIER DE FLORIDE : L’idée (de Jean-Luc Mélenchon) d’imposer les expatriés n’a pas plu à tout le monde, le comprenez-vous ? 

CLEMENTINE LANGLOIS : Tout d’abord, nous voulons que les Français établis hors de France puissent avoir des droits. Droits pour l’éducation de leurs enfants et pour la santé de leurs familles. L’imposition différentielle c’est avant tout un moyen de lutter contre l’évasion fiscale qui représente à elle seule 70 Milliards d’euros par an.

En réalité, il faut savoir que toute personne qui paie plus d’impôts dans son pays de résidence qu’elle n’en paierait en France, ne sera pas assujettie à l’impôt universel.

Par conséquent, la majorité des français résidant en Amérique du Nord ne sera pas touchée par cette taxe différentielle. Vous pouvez vérifier ce point sur le simulateur fiscal disponible en ligne : https://impots.jlm2017.fr/

LE COURRIER DE FLORIDE : Quelles sont pour vous les trois priorités à mettre en œuvre au profit des expatriés français ?

CLEMENTINE LANGLOIS : Je suis animée par des valeurs humanistes, portées par la gauche républicaine que le mouvement la France insoumise incarne aujourd’hui.

Notre programme l’Avenir en commun, qui a été développé et défendu en 2016/2017 par notre porte-parole Jean-Luc Mélenchon dans le cadre de la campagne présidentielle, a réuni sept millions de suffrages.

Mes actions prioritaires seront donc directement issues de ce programme, et plus particulièrement de 3 de ses principaux axes de travail : l’Education, la Santé, et la Participation Citoyenne.

En préambule, je souhaite souligner que les mesures que je propose s’inscrivent totalement dans la logique de notre programme l’Avenir en Commun, qui considèrent qu’il n’y a pas 2 catégories de Français, ceux de France et ceux hors de France, mais bien une seule catégorie, qui doit tant que faire se peut bénéficier en cette qualité des mêmes droits.

En ce qui concerne l’Education, les 55 établissements d’enseignement primaires et secondaires d’Amérique du Nord, membres de l’Agence pour l’Enseignement Français à l’Etranger (AEFE), sont souvent hors de portée financière pour la plupart des familles expatriées.

Pour mémoire, l’AEFE rassemble dans le monde près de 500 établissements scolaires, implantés dans 137 pays, qui scolarisent plus de 340 000 élèves dont 60 % sont étrangers et 40 % sont français.

Tous sont homologués par le ministère de l’Éducation Nationale, mais une petite partie seulement est en gestion directe de l’AEFE : la plupart d’entre eux, et en particulier tous ceux d’Amérique du Nord, sont juridiquement des associations ou organisations locales, qui ont passé une convention ou un simple accord de Partenariat avec la France, dans le but de proposer des programmes Français ou compatibles avec les programmes Français, en échange d’une aide et d’une ‘labellisation’.

Ces établissements proposent un enseignement de qualité, et constituent un ‘fer de lance’ de la promotion de la culture française dans le monde.

Notre pays a longtemps été le seul à proposer un tel réseau, et -même si d’autres nous imitent-, l’AEFE reste le premier réseau mondial dans cette catégorie.

De manière réaliste, il n’est pas possible d’envisager de proposer aux Français où qu’ils se trouvent dans le monde la garantie de la gratuité de l’enseignement, dans des établissements qui par ailleurs – quelles que soient leurs qualités pédagogiques et professionnelles – sont fondamentalement économiquement indépendants et doivent équilibrer leurs comptes en payant les enseignants essentiellement avec les frais de scolarité qu’ils perçoivent, complétés le cas échéant par quelques subventions.

Néanmoins, il ne nous paraît pas juste que les élèves français à l’étranger étudiant dans des établissements habilités par notre pays, dont les parents sont en général français et issus du système politique, économique et scolaire français, ne disposent d’avantages sur les frais de scolarité par rapport aux élèves d’autres nationalités qui y étudient.

Nous sommes donc, dans le principe, en faveur d’un accroissement des subventions accordées par la France à ces établissements, visant à prendre en charge une partie importante du montant des frais de scolarité actuels des élèves français à l’étranger qui y étudient -subvention qui pourrait permettre d’atteindre une diminution de l’ordre de 50 % du montant des frais de scolarité-.

Ce principe devra cependant être analysé au regard de l’impact fiscal, les frais de scolarité des Français résidant à l’étranger, étant rémunérés et imposés à l’étranger, étant dans de nombreux pays déductibles pour partie des impôts sur le revenu payés localement. Une autre piste de soutien pourrait dès lors être, au-delà des subventions aux établissements, une déduction fiscale de tout ou partie des frais de scolarité pour les élèves français à l’étranger étudiant dans des établissements habilités par notre pays, dont les parents sont rémunérés et imposés en France.

En ce qui concerne la Santé, je rappelle que les questions sociales sont une des priorités absolues de notre programme.

D’une manière générale, l’Avenir en Commun ne s’oppose pas à la Mondialisation, mais il la souhaite dans un cadre régulé, et un équilibre entre les économies locales et les échanges entre pays.

Nous sommes opposés à un mode ultra-libéral, tels que défini il y a plus de 2 siècles par Ricardo et Smith, où la logique est d’exploiter les pays les plus faibles, où l’esclavage règne encore parfois, où les couvertures sociales sont inexistantes, pour produire toujours à moindre coût des objets pas toujours utiles, et dont la qualité est directement corrélée au prix payé …

L’Avenir en commun veut remettre l’économique au service de chacun, étendre notre système de protection sociale, qui permet à chacun, grâce aux progrès humains, scientifiques et technologiques, d’être mieux soigné et de vivre mieux.

Dans ce cadre, et en ce qui concerne spécifiquement la France, de nombreuses mesures de lutte contre la pauvreté et l’exclusion, limitation des inégalités, réformes de notre système de santé et de retraite (abaissement de l’âge de départ) sont proposées dans l’Avenir en Commun.

Plusieurs de ces mesures concernent spécifiquement les dépenses de santé, et peuvent être déclinées en mesures concrètes pour les Français à l’étranger.

Les expatriés ne bénéficient pas du système de protection français, sauf dispositions spécifiques. Trop souvent le coût de la santé les dissuade d’effectuer des consultations médicales préventives (visite médicale de routine ou annuelle…). Il s’agit donc de mettre en place un système de médecine préventive, permettant aux expatriés français de bénéficier a minima d’une visite médicale régulière mise en place par l’état Français.

Plus largement, je mettrai l’accent pour que les réformes du Système de Santé incluent avec plus de force et de précision les droits des Français à l’étranger, qui doivent être mieux garantis tant par les textes de la Sécurité Sociale que par les textes régissant les obligations des organismes mutualistes complémentaires, souvent contraignants, peu clairs et mal appliqués par lesdites mutuelles.

D’autre part, le droit à la couverture Santé par les Français à leur retour en France après un séjour à l’étranger, doit être mieux garanti. Il conviendra de ‘remettre à plat’ et d’étendre le cas échéant les différents dispositifs actuels (notamment la CMU) dans ce sens.

En ce qui concerne la Consultation Citoyenne, je voudrais rappeler que la première circonscription des Français hors de France, représente 260,000 électeurs répartis sur un territoire grand comme 40 fois la France. Cette population est très concentrée dans quelques grandes villes, notamment Montréal, Québec, New York, San Francisco et Miami.

Etre député de la 1ère circonscription c’est pour moi un engagement spécifique vis a vis de cet électorat, qui est à la fois soudé par ses valeurs, et en même temps très éclaté géographiquement. Je considère qu’il est de ma responsabilité de participer activement à l’animation de cette communauté, notamment en utilisant les technologies numériques qui sont ma spécialité, mais également en y assurant une présence physique aussi forte que possible.

Pour rester connecté systématiquement avec les réalités de la circonscription nous allons rapidement mettre en œuvre des technologies numériques, des plateformes collaboratives afin de développer la citoyenneté participative et investir et promouvoir les valeurs de notre République ainsi que la francophonie.

Je suis certain de l’efficacité de ces moyens -qui font partie intégrante de mon métier- pour gérer des communautés éclatées comme celle de notre circonscription, et j’y consacrerai toute mon énergie.

Lorsque je serai élue, je partagerai de surcroit mon temps entre la France et l’Amérique du Nord, et je mettrai en oeuvre des permanences dans les principales villes de la circonscription;  j’assurerai par ces biais un contact quotidien avec ces permanences depuis Paris ; ceci  garantira, en complément des contacts gérés via les plateformes numériques, une présence physique et une écoute permanente de nos concitoyens.

Je veux croire que ces constats et propositions, portés avec toute notre force par des équipes locales de la France Insoumise particulièrement engagées et motivées, très présentes ‘sur le terrain’, nous permettront d’améliorer significativement la participation des Français de la première circonscription pour l’élection des 3 et 17 Juin, et de confirmer et de renforcer leur engagement dans le cadre de notre mouvement La France Insoumise comme alternative à la politique gouvernementale qui se dessine.



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