Le suicide politique du député Frédéric Lefebvre

Le suicide politique du député Frédéric Lefebvre

Plus macroniste que les macronistes, le député Frédéric Lefebvre n’utilise plus l’étiquette « Les Républicains », il indique qu’il étudie déjà des voies de recours en annulation (il a fait 14%).

Crédit photo : Frédéric Lefebvre

MISE A JOUR – JEUDI 9 H : Frédéric Lefebvre a démissionné des Républicains durant la nuit. Dans une lettre envoyée au parti, il s’en prend à Nicolas Sarkozy, accusé d’avoir fait en 2012 une « campagne d’unijambiste sur la jambe droite« .

Malheureusement pour le député, il est possible d’affirmer qu’il a tout fait durant un an pour obtenir la reconduction de son investiture « Les Républicains », obtenue in extremis le 14 mars 2017, alors que certains cadres du parti y étaient hostiles.

Il assure que « des menaces m’ont été faites, y compris par Nicolas Sarkozy lui-même« , précisant que c’était « dans la loge de Carla Bruni » lors d’un concert en Californie !!!

 

Frédéric Lefebvre (ancien ministre), à 14% au premier tour des Législatives alors qu’il est député sortant : qui l’eut cru ?! Certes, les candidats « En Marche » ont tous fait un malheur dans les 10 circonscriptions des Français de l’Etranger où ils se présentaient (le premier tour de l’élection était, pour eux, avancé au 3 juin). Mais sur cette 1ère circonscription (USA-Canada) qui vote la plupart du temps à droite… ça reste surprenant. En réalité, Frédéric Lefebvre a à peu près tout fait pour perdre cette élection. Pire, au lendemain du premier tour, lundi dernier, il mettait son échec sur le dos d’un « sabotage du vote par correspondance« , laissant sous-entendre que si les nombreux bulletins invalidés (envoyés trop tard par les votants ou envoyés sans photocopie de carte d’identité) ne l’avaient pas été, cela aurait changé le cours de l’histoire. Bien évidemment les électeurs ont voté par correspondance à peu près comme ils l’ont fait à l’urne : ça n’aurait rien changé du tout. Et les consulats qui organisaient les élections à l’étranger se sont bornés à respecter la loi (même si le mode de vote par correspondance dans une enveloppe paraît totalement archaïque 26 ans après la création du World Wide Web). Mais Frédéric Lefebvre l’indique dans Libération ce mercredi : «Nous sommes en train de regarder avec les avocats.» Pour qu’un scrutin puisse être annulé, il faut qu’il y ait eu un problème, mais il est nécessaire que ce problème ait pu pervertir « la sincérité du scrutin ». Or, avec 43 points d’écart entre les deux candidats…

L’AMI « EMMANUEL »

A propos de sincérité, le plus étonnant, c’est l’angle politique avec lequel le député a abordé cette campagne, répétant les mots « Emmanuel Macron » le plus souvent possible, et finissant même par ne plus l’appeler que par son prénom lors de certaines interventions. Et son subit macronisme atteint un tel niveau que (c’est le 2ème point évoqué par le député dans son communiqué) il estime que le 1er tour de la Législative est une « élection confisquée » par « le candidat d’En Marche qui s’affichait, au travers d’un photo-montage, avec Emmanuel Macron sans même le connaître mais en l’ayant simplement croisé« . Frédéric Lefebvre se présente ainsi comme un proche d’Emmanuel Macron, contrairement… au candidat d’Emmanuel Macron !! Il s’attribue même – dans une contorsion mathématique inédite – le score de son opposant : « Vous avez été près de 70 % à choisir les deux candidats qui soutiennent le nouveau président de la République, Emmanuel Macron (…)« 

Son communiqué ne faisait plus même mention de son appartenance à « Les Républicains », étiquette qu’il avait pourtant mis près d’un an à obtenir. Le candidat d’En Marche dont M. Lefebvre ne veut pas prononcer le nom, c’est Roland Lescure, un novice en politique qui a réalisé 57% (mais il y aura tout de même un second tour, faute de participation suffisante). Lescure a quitté un « job » à 2 millions de dollars de salaire (selon Bloomberg) pour se lancer en politique il y a deux mois en soutien à Emmanuel Macron. Les médias de métropole ne se sont pas encore intéressés à lui, et dans le même temps, Frédéric Lefebvre ne semble… plus les intéresser.

C’est ainsi par une communication directe et macroniste avec les électeurs (les candidats se font mettre à disposition par le ministère des Affaires Etrangères les adresses emails des électeurs expatriés) que Frédéric Lefebvre communique, ne répondant plus aux questions des journalistes du Courrier de Floride, de French Morning de l’Outarde Libérée… les médias francophones de la Circonscription.

Un petit retour sur l’histoire de Frédéric Lefebvre est donc nécessaire pour comprendre qu’il n’en a pas toujours été ainsi.

UN HOMME DE DROITE BIEN A DROITE

Et la première chose à comprendre, c’est que Frédéric Lefebvre était à l’origine un homme bien à droite. Si la profondeur de ses convictions est aujourd’hui remise en question par beaucoup de militants aux Etats-Unis, (et par ses déclarations dans lesquelles il oublie le nom de son propre parti), il faut se rappeler qu’il était déjà responsable du RPR de sa ville à l’âge de 17 ans. Six ans plus tard il était nommé secrétaire général du groupe RPR au Conseil de Paris alors qu’il n’avait que 23 ans. Et en 1993, il devient assistant parlementaire de Nicolas Sarkozy (ce n’est pas la tendance la plus centriste du parti) ; Nicolas Sarkozy qu’il suivra jusqu’à devenir député puis ministre. Lefebvre se fait alors remarquer par des maladresses dans les médias, il fait parfois sourire, mais il est tout de même perçu comme une personnalité assez sympathique, de bonne compagnie, et ce n’est pas parce qu’il n’a pas lu Nietzsche que sa présence au gouvernement est jugée totalement incongrue. Son parti lui confie même en 2012 la planque rêvée de « député des Français de l’Etranger » : direction le Canada et les Etats-Unis (dont il avait déclaré que la capitale est New-York…) ! Mais le parachutage est diversement apprécié au niveau local. Il y a des candidatures dissidentes, et Frédéric Lefebvre est battu. Il réussira toutefois l’année suivante, après annulation de l’élection, à ravir le siège, non sans avoir mentionné qu’il avait un lien de parenté avec Roosevelt. Forcément… ça aide ! Mais, quatre ans plus tard… le 3 juin 2017, c’est la déroute. Certes, il a été souvent présent dans certaines villes des Etats-Unis et du Canada au côté d’écoles ou d’associations, mais plus personne ne comprend son positionnement.

UN HIVER DECONCERTANT

Certains ont cru que Frédéric Lefebvre se présentait à la Primaire des Républicains pour faire parler de lui, mais a posteriori c’est une erreur d’analyse. Frédéric Lefebvre n’avait pour seul objectif que de devenir président de la République, et ne savait pas qu’il n’avait aucune chance, ne serait-ce que de participer à la Primaire. (Comme il est aujourd’hui le seul à ignorer qu’il ne sera plus député le 18 juin 2017). En octobre il se rallie finalement à Alain Juppé pour cette Primaire. Nouvel échec, c’est Fillon qui gagne. Dans le même temps, Frédéric Lefebvre tente de faire renouveler son investiture à la Législative par le parti Les Républicains qui traîne les pieds durant des mois et des mois, commission après commission, avant de la lui accorder. Mais une fois l’investiture obtenue, Frédéric Lefebvre n’en fait pas mention. « Je suis aux Etats-Unis en tant que député, pas en campagne électorale« , explique-t-il alors (au Courrier de Floride) alors que tous les autres députés (et militants) fidèles du parti sont en campagne pour François Fillon. Quatorze minutes après le premier tour de l’élection présidentielle (23 avril) Frédéric Lefebvre annonce son soutien à Emmanuel Macron pour le second tour. De plus en plus de militants aux Etats-Unis et au Canada se demandent si ce décalage ne cache pas quelque chose. Certains se rallient au candidat de droite Damien Regnard. D’autres jettent l’éponge « Je ferai autant campagne pour Lefebvre qu’il a fait campagne pour Fillon« , répète un cadre de la campagne Fillon. Frédéric Lefebvre attend que Macron nomme son gouvernement (on ne sait jamais) avant de déclarer officiellement sa candidature. La stratégie : mentionner le moins possible le sigle « Les Républicains », citer le plus possible « Emmanuel » et un catalogue d’autres « amitiés » politiques : Obama, Trump, Clinton, Trudeau etc… « Ca vous fait rire ? » demande-t-il au public présent lors du débat du premier tour à Montréal. Effectivement… ça les a fait rire à plus d’une reprise.

Tout ça c’est de la politique. Mais les à côtés ne vont guère mieux, et des pratiques peu appréciées en ce moment viennent terminer de ternir l’image du député durant la campagne : embauche de sa femme en tant qu’attachée parlementaire, révélation la semaine dernière par le site internet « Le Délit » de la création en janvier 2017 d’un cabinet « Lemoine & Lefebvre » à Atlanta…

Certes, encore une fois, il met aussi en avant sa proximité avec les associations de certaines villes qui l’apprécient, et les dossiers qu’il a traité durant son mandat. Mais plus personne ne comprenant rien à son positionnement… c’est la catastrophe le 3 juin.

Oublié des médias de France, il a toutefois réussi à obtenir une interview dans le « Journal du Dimanche » (peut-être, finalement, a-t-il conservé quelques vraies amitiés… dans le groupe d’Arnaud Lagardère). A 11h12, le 4 juin, alors que le résultat était déjà connu des journalistes, le « JDD » ose ce titre sur le député : « Je voterai la confiance du gouvernement« . Comme si, avec 14% au premier tour, Frédéric Lefebvre avait la moindre chance d’être élu pour voter quoi que ce soit.

Et puis il y a ce texte envoyé aux électeurs le lendemain, lundi dernier, contestant la pureté macronique de son adversaire. Un nombre supplémentaire de militants s’en vont, indignés par le comportement du député.

Si par un quelconque tour de passe-passe l’élection devait être rejouée, Frédéric Lefebvre n’aurait cette fois aucune chance, avec 14% au compteur et un positionnement qui a été jusqu’à surprendre son propre parti, « Les Républicains » (qui le connaît pourtant bien). Il est difficile d’imaginer que l’investiture lui soit redonnée. Ni que « Emmanuel » lâche son candidat à 57% pour un Frédéric Lefebvre à 14.

MISE A JOUR JEUDI 9H : Frédéric Lefebvre a aussi indiqué sur France Info qu’il a « voté Macron au premier tour de l’élection présidentielle« . Ce n’est pourtant pas ce qu’il a dit aux militants des Etats-Unis et du Canada au moment où ils faisaient sa campagne. Politique du coucou pour l’un… politique du cocu pour les autres.

La conclusion sera donc une épitaphe (et un hommage aux empereurs romains et à Célmenceau) : « Il a voulu vivre César… il a fini Macaron« .

BONUS : Les perles de Frédéric Lefebvre

Comme le dit un militant macroniste de Floride : « Il est tombé par terre, c’est la faute à Zadig, le nez dans le ruisseau… c’est la faute à Sarko ! » Et comme c’est la dernière occasion de republier les déclarations les plus incroyables de Frédéric Lefebvre, donc, les voici !

Best of :

https://www.youtube.com/watch?v=mDlsGC_IN8E

New York, capitale des USA :

https://www.youtube.com/watch?v=HU6Vy14nBB8

Je mange du homard et de la viande avec Donald Trump :

https://www.youtube.com/watch?v=ntPMO8ZrNpc

Frédéric Lefebvre se présente à la présidentielle et flingue Sarkozy :

https://www.youtube.com/watch?v=eOgtl6s2KpM

C’est de la faute du Blackberry :

https://www.youtube.com/watch?v=03AvIw2DD90

Qu’est-ce que le web 2.0?

https://www.youtube.com/watch?v=xQF5BJMRQkw

Sur la Neutralite du Net :

https://www.youtube.com/watch?annotation_id=annotation_983290&feature=iv&src_vid=xQF5BJMRQkw&v=VMGU3JYZSaU

10000 personnes au début de l’Internet :

https://www.youtube.com/watch?annotation_id=annotation_151530&feature=iv&src_vid=xQF5BJMRQkw&v=IO8vWJ3Ihpo

Frédeéric Lefebvre éjecté de Twitter :

https://www.youtube.com/watch?v=QugG6lxry1Y

Frédéric Lefebvre et les Lobbys :

https://youtu.be/idRrxZVNkVk

Zadig et Voltaire :

https://www.youtube.com/watch?v=aSOmAH93DTg

Frédéric Lefebvre et la retraite :

https://www.youtube.com/watch?v=UZyyfProk7A

Contre le principe de précaution, pour le gaz de schiste :

https://www.youtube.com/watch?v=cVH5E85qx7U

Le chômage c’est de la faute à la natalité :

https://www.youtube.com/watch?v=pZ92kuKhT-I

Le Grand Absent :

https://www.youtube.com/watch?v=0PdDWEp_UEE

L’action de groupe, un coup c’est oui, un coup c’est non :

https://www.youtube.com/watch?v=owBCUfkUJo4

« Plagiat » :

https://www.streetpress.com/revue-du-web/2291-le-plagiat-de-frederic-lefebvre



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6 comments

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  1. Bienpensant
    Bienpensant 8 juin, 2017, 08:44

    Merci pour l’article bien informe et drole. Du bon journalisme!

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  2. Xavier Kleinermann
    Xavier Kleinermann 8 juin, 2017, 07:30

    Mais comme c’est facile de tapper sur les autres quand on a rien à dire soi-même. Et maintenant qu’il quitte LR, pourquoi ne pas continuer? Par votre « Lefebvre bashing », vous faites honte à votre métier et à vos collègues journalistes. Si au moins vous ne vous cachiez pas derrière le titre « la rédaction », mais vous n’avez même pas le courage de signer de votre vrai nom.

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    • La Rédaction
      La Rédaction Author 9 juin, 2017, 10:02

      Vous nous direz quand même si vous avez pu trouver un élément erroné dans cet article ? De notre côté nous notons que le « manager de campagne » de Frédéric Lefebvre est obligé d’écrire lui-même des commentaires hostiles aux médias. Nous espérons que vous n’avez pas oublié d’aller faire de même sous l’article de L’Outarde Libérée, de French Morning, et des médias parisiens hilares.
      Nous vous félicitons néanmoins pour cette brillante campagne M. Kleinermann.
      Pour notre part nous avons toujours donné la parole à M. Lefebvre quand il le voulait, et ce sera le cas tant qu’il sera député.

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