Le Sentier de la Guerre (suite de notre roman historique « Terre d’Espérance » sur l’arrivée des Français en Floride)

Le Sentier de la Guerre (suite de notre roman historique « Terre d’Espérance » sur l’arrivée des Français en Floride)

« Le sentier de la guerre » – Voici la 9ème partie de notre roman historique « Terre d’Espérance », sur les huguenots français partis à la conquête de la Floride.

– La 1ère partie est ici !

Et la 8ème (celle d’avant) est ici !


Jean-Paul Guis

Un texte original de Jean-Paul Guis, romancier historique

– Hé, Thimogona !  rugissait le paraousti (roi) en jetant de l’eau sur ses guerriers.

– Hé, Thimogona ! reprenait en chœur plusieurs centaines de Timucuas en faisant cliqueter leurs armes ou en se frappant les cuisses.

– Puisse le sang de nos ennemis couler avec autant de facilité que cette eau que je disperse.

Vidant un autre vase du même liquide dans le feu qui se trouvait devant lui, le chef s’écria :

– Puissions-nous éteindre l’ardeur de nos ennemis aussi facilement que j’étouffe ce brasier !

Assis au pied d’un énorme pin, le peintre Le Moyne de Morgues reproduisait d’une main sûre cette cérémonie unique de départ au combat.

Devant lui se tenaient environ cinq cents braves formant un cercle autour du grand roi, Satouriona. Le corps entièrement tatoué, coiffé de plumes multicolores ou de têtes d’oiseau de proie, les guerriers venaient d’entrer en transe. Le rituel qui se déroulait sous les yeux de l’artiste français était une incantation à l’astre du jour. Le soleil, démiurge tout puissant, était sollicité par les Indiens pour leur donner une victoire totale sur leurs ennemis.

Satouriona roulait des yeux remplis de haine et effectuait toutes sortes de contorsions en murmurant des imprécations magiques. Ces prières aux accents mystiques étaient une supplique adressée à leur divin protecteur afin qu’il leur permette de vaincre leurs adversaires exécrés. Accompagnant le geste à la parole, le paraousti  se mit soudain à arborer une lance de bois qu’il tourna vers le disque solaire. Après cette dernière incantation, la cérémonie s’arrêta abruptement. Les guerriers se levèrent et entrouvrirent leur cercle humain pour laisser sortir le chef.

Les Timucuas étaient désormais confiants et se sentaient protégés par leur divinité. Ils pouvaient prendre le sentier de la guerre et aller à la rencontre des farouches Thimogonas.

*

Les rayons de soleil dispersaient lentement les derniers lambeaux de ténèbres qui peuplaient encore le paysage. L’astre flamboyant se levait paresseusement sur la terre de Floride. Dans la fraicheur relative du petit jour, un groupe de flamand rose prenait son envol majestueux au-dessus de la forêt qui commençait à s’animer des mille bruits de la faune diurne.

Le village Thimogona, entouré de sa palissade de bois traditionnelle, venait de se réveiller. Les femmes vaquaient à leurs occupations matinales tandis que les enfants étaient déjà en train de jouer. Les hommes s’étaient rassemblés sous des auvents ou autour d’un feu pour prendre une collation.

Autour de ce monde de quiétude, nul ne se doutait que plusieurs centaines de guerriers Timucuas attendaient patiemment dans les fourrés l’ordre d’attaquer. Une partie des assaillants était arrivée en coupant à travers bois tandis que l’autre groupe avait longé la rivière. Cette approche s’était bien sûr effectuée dans le plus profond silence. Les occupants de la petite agglomération ne savaient pas encore qu’ils étaient cernés par un ennemi décidé à ne faire aucun quartier.

Malgré le bon déroulement de son plan d’attaque, Satouriona avait un goût amer dans la bouche. Celui qu’il croyait être son ami et allié, le puissant René de Laudonnière, s’était joué de lui. En effet, quand le paraousti, accompagné de son armée, s’était présenté devant Fort Caroline, il avait trouvé porte close. Le sergent interprète Lacaille était venu à sa rencontre à la tête d’un petit détachement en lui disant que le commandant de la colonie française ne pouvait se joindre à cette expédition. Des excuses assez floues avaient été données pour tenter d’expliquer que le capitaine huguenot ne pouvait s’absenter de la forteresse pour le moment. Satouriona avait tout de suite compris que le sieur de Laudonnière voulait rester neutre dans ce conflit afin d’être en bons termes avec tous les peuples de la région. Faisant contre mauvaise fortune bon cœur, l’indien avait accepté ces justifications et emmené à sa suite la troupe de Lacaille. La vue des soldats français donnerait l’impression que ces derniers s’étaient alliés aux Timucuas.

Un cri perçant marqua le signal de l’attaque. Comme un seul homme, les assaillants bondirent hors des fourrés et se lancèrent en direction de l’entrée du camp ennemi. Pris par surprise, les Thimogonas essayèrent en vain de résister. Une volée dévastatrice des arquebusiers de Lacaille mit définitivement fin au combat. En quelques minutes, les guerriers de Satouriona avaient tué la plupart de leurs adversaires et étaient maintenant en train de rassembler des prisonniers. Les morts quant à eux, connaissaient le sort habituel destiné aux vaincus. Les Timucuas commençaient par les scalper pour ensuite durcir le cuir chevelu à la flamme. Les bras et les jambes étaient tranchés au ras du corps afin d’être emportés et exposés comme trophée devant les huttes des vainqueurs. Le buste était empalé sur une flèche et abandonné sur place. Cette triste besogne terminée, Satouriona ordonna de brûler le village.

Poussant leurs prisonniers devant eux, les Timucuas se mirent en marche en chantant. Les femmes et les enfants furent laissés en liberté car aux yeux des Indiens, ils n’avaient aucune valeur. Arrivés sur le territoire du roi Omola, un vassal de Satouriona, on fit le partage des vingt-quatre captifs. Treize allèrent à Satouriona. Une rançon serait demandée plus tard.

La nuit venue, une grande cérémonie eut lieu pour remercier l’astre du jour d’avoir permis cette victoire. Assis en cercle autour de leurs macabres trophées, les guerriers  écoutaient un sorcier qui proférait des incantations mystiques tout en s’agitant comme un forcené. Trois musiciens lui faisaient face en secouant des gourdes remplies de cailloux et en cognant des galets les uns contre les autres. Un profond murmure s’élevant de la foule accompagnait ce tintamarre.

Un peu à l’écart, Lacaille et ses soldats regardaient ce rituel sorti du fonds des âges.

– J’espère ne jamais tomber entre les mains de ces démons, dit un tambour de seize ans d’une voix tremblante.

– Raison de plus pour lutter jusqu’à la mort, petit ! répondit un vétéran de la première expédition.

– Allons ! fit le sergent. Arrête d’effrayer ce jeune gars ! Les Timucuas sont nos alliés et en plus, ils ne peuvent rien contre nos arquebuses et nos canons.

– À voir … rétorqua l’ancien d’une moue dubitative.

– Buvons un coup à la victoire ! s’écria un autre.

Pendant que ses hommes se partageaient une bouteille d’eau de vie, Lacaille regardait Satouriona et ses guerriers d’un air pensif. La situation des colons de Fort Caroline était en train de se compliquer sérieusement. Toutes ces effusions de sang ne laissaient présager rien de bon. Un conflit sans merci était sur le point d’embraser toute la région. Monsieur de Laudonnière allait devoir manœuvrer des plus habilement sur l’échiquier diplomatique local.

À suivre…

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– Voir le portrait que nous avons consacré à Jean-Paul Guis

  



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