Décès de Tom Wolfe, le plus grand écrivain américain

Décès de Tom Wolfe, le plus grand écrivain américain

Et c’est peu de le dire qu’il a été le plus grand. Tom Wolfe est décédé aujourd’hui à Manhattan à l’âge de 87 ans (et non 107 comme il aimait parfois le faire croire !). Thomas Kennerly Wolfe, le dandy toujours habillé de blanc, n’était pas, contrairement aux évidences, né dans sa Big Apple préférée, mais dans son opposé rural, l’ex-capitale confédérée, Richmond en Virginie, une cinquantaine d’année après la guerre de Sécession. C’est en 1962 qu’il devient reporter au plus célèbre journal de la planète, qui a l’époque s’appelait le « New-York Herald Tribune ». Il y devint l’un des observateurs les plus appréciés et les plus acerbes des évolutions ou régressions de la société américaine. Mais le journalisme obligeant le rédacteur à se baser sur des faits, Tom Wolfe décide d’aller plus loin : de raconter une vérité plus vraie que la réalité, à travers le roman, comme Balzac en son temps. C’est un talent qui explose alors, au travers de cinq romans qui sont autant de plongées ethnologiques dans la société américaine, rédigés avec une plume trempée dans l’électricité, et souvent dans l’acide.

Le premier (en 1979), L’Etoffe des Héros, n’est pas le plus acerbe, puisqu’il dépeint les pionniers de la conquête spatiale, dans les années 1940-50. Mais en 1987, « Le Bûcher des Vanités » dira d’entrée de jeu les intentions de l’auteur : toute vanité américaine cachée sera désormais dévoilée à coups de lance-flamme littéraire. Ce roman-là s’en prend aux New-Yorkais. Puis, en 1998, « Un Homme, Un Vrai » ravage Atlanta. Les personnages ont beau porter des noms de fiction, beaucoup d’acteurs politiques, culturels, sportifs, de la grande ville du sud, s’y sont vus raillés avec le plus grand talent. Et jamais gratuitement : Tom Wolfe n’attaque pas vraiment des personnes, mais à travers elles ce qu’il conçoit comme des modes, tendances et comportements sociaux affligeants.

LIVRES : Un Wolfe a envahi Miami

En 2004 il récidive avec un brûlot sur l’université américaine : « Moi, Charlotte Simmons ». Puis En 2010 il débarque à Miami, tout habillé de blanc. Il passera trois ans à arpenter les rues de la ville, frappant directement aux portes de l’habitant pour s’inviter chez les gens sans prévenir. Vous n’avez jamais vu les petites statuettes de saints cubains posés sur les armoires dans les maisons de Hialeah ? Tom Wolfe y est entré pour vous. Mais il a aussi fracturé les portes de non-dits plus importants : ceux du communautarisme très avancé de Miami, ceux des mafias de l’art contemporain dans la Magic City, ceux des partouzes géantes dans la baie de Biscayne, avec des films pornographiques projetés sur les voiles des bateaux. Le vieil homme en blanc y était, mieux qu’un appareil photo ou qu’une Go-Pro, et il a livré sans complexe le plus grand récit jamais écrit sur Miami : Back to Blood (la version française s’appelle Bloody Miami). Certes, Tom Wolfe faisait ce qu’il savait faire : montrer les aspects négatifs de la société, ce qui lui donnait un petit côté réactionnaire que, de toute façon, il assumait : qui aurait le courage de critiquer un tel critique ? Mais cette confiance ne s’était pas conçue sans un courage initial de la part de Wolfe : à ses débuts il n’était pas si « intouchable ».

Dans dix ans son œuvre sera datée. Elle ne ressemblera sans doute plus à la réalité. Mais dans cinquante ans on reprendra ses récits, comme ceux de Balzac en se disant : « c’était ça l’Amérique ? C’est pas possible ! ». Si, c’est possible, grâce à ce genre de talents si rares de ce que fut leur époque.

Son épithète pourrait être : « II avait des yeux plus grands que la réalité ». Merci Tom Wolfe pour cette leçon de journalisme et d’humanité ; ce fut un feu d’artifice grandiose !


La semaine dernière, la chaine de télévision Arte publiait un reportage sur « Le Miami de Tom Wofe », à voir ici :

Une bonne émission d’Arte sur les traces du « Bloody Miami de Tom Wolfe »


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