Pirates des Caraïbes (suite de notre roman historique « Terre d’Espérance » sur l’arrivée des Français en Floride)

Pirates des Caraïbes (suite de notre roman historique « Terre d’Espérance » sur l’arrivée des Français en Floride)

« Une haine ancestrale » : Voici la 10ème partie de notre roman historique « Terre d’Espérance », sur les huguenots français partis à la conquête de la Floride

– La 1ère partie est ici !

Et la 11ème (celle d’avant) est ici


Jean-Paul Guis

Un texte original de Jean-Paul Guis, romancier historique

La tête baissée, les mains ligotées dans le dos, les quatre prisonniers avançaient d’un pas trainant. Les chevilles prises dans des bracelets de fer reliés par une courte chaine rendaient leur démarche difficile. Escortés par des gardes qui les poussaient sans ménagement du plat de l’épée, les captifs franchirent la porte d’entrée de Fort Caroline pour venir s’arrêter devant René de Laudonnière. Les bras croisés et le regard dur, ce dernier les attendait de pied ferme. Desfourneaux, le Génois, Lacroix et Seignore ne se faisaient plus d’illusion. Ils savaient qu’ils allaient être jetés aux fers avant d’être exécutés pour sédition.

Desfourneaux ne pouvait s’empêcher de penser aux débuts prometteurs de l’équipée des mutins. À bord de barcasses volées à la colonie, ils s’élancèrent toute voile dehors sur la mer des Antilles en direction de Cuba. Ils capturèrent tout d’abord un brigantin chargé de cassave et de vin d’Espagne. Maintenant en possession d’un vrai navire, ils continuèrent leur odyssée avec des fortunes diverses. Au bout de quelques semaines, ils finirent par arriver en vue de Baracou, un village de Jamaïque. Une agréable surprise les attendait dans la baie, une magnifique caravelle de 50 à 60 tonneaux. Ils s’en emparèrent sans coup férir, passèrent quelques jours au port à faire bonne chère et reprirent la mer à bord de leur dernière acquisition.

C’est alors qu’ils croisèrent une patache (gros bâtiment de transport) au large du cap Thibron. La proie était attrayante et les apprentis pirates décidèrent de l’attaquer. Le combat s’avéra long et difficile, car le navire était défendu par un équipage déterminé. Une fois maitres du bateau, les assaillants comprirent la raison d’une résistance si opiniâtre. Leur prise regorgeait d’or et d’argent, mais avait surtout un passager de choix. Le gouverneur de la Jamaïque en personne, accompagné de ses deux petits garçons. Les rebelles décidèrent immédiatement de tirer une rançon conséquente de cette capture inespérée.  Ils firent voile vers la Jamaïque pour mettre leur projet à exécution. Chemin faisant, leur prisonnier les convainquit de débarquer à terre ses deux fils une fois rendu en Jamaïque. Ces derniers seraient chargés de contacter leur mère afin d’organiser le paiement de la rançon. La ruse était grossière, mais grisés par leurs récents succès, les ravisseurs acceptèrent. Arrivés à destination, quelle ne fut pas la surprise des Français de voir surgir au lever du jour deux navires de guerre au lieu d’une épouse éplorée. Les deux enfants avaient consciencieusement répété aux autorités de l’ile le message de leur père. Les pirates qui se trouvaient sur la patache furent tous tués ou capturés. Les autres sectionnèrent promptement les amarres de leur caravelle pour chercher le salut dans la fuite sous une volée de coups de canon. Parmi eux, les quatre meneurs qui allaient bientôt se retrouver enchainés devant René de Laudonnière. Le plan de l’otage avait fonctionné à merveille. Il était libre !

Découragés par la perte de leur butin, les pirates se mirent à errer sans but. Ils passèrent au large de La Havane et remontèrent ensuite vers le nord-est, mettant le cap sur les Bahamas. C’est alors que le pilote, un certain Trenchant, et quelques autres marins emmenés contre leur gré décidèrent de diriger discrètement le navire en direction de la Floride. Après quelques jours de navigation, la caravelle pénétrait dans l’embouchure de la rivière de Mai. À court de vivres, les mutins devaient impérativement accoster afin de refaire des provisions auprès des tribus locales. Prévenu par le paraousti (chef) Patica, Laudonnière envoya un détachement commandé par le capitaine Vasseur et le sergent Lacaille. Ces derniers capturèrent rapidement les rebelles et les ramenèrent au fort sous bonne escorte.

*

Coiffé d’un magnifique chapeau à plume, le gentilhomme se dirigea lentement vers les quatre prisonniers qui attendaient alignés sur une file. Les habitants de Fort Caroline formaient un demi-cercle derrière les prévenus. Un silence glacial régnait sur les lieux. René de Laudonnière s’arrêta à quelques pas des détenus, déroula un parchemin et commença à lire posément les conclusions de la cour de justice. Il rappela tout d’abord l’acte de haute trahison commis par les mutins envers leur roi et leur pays. Il insista ensuite sur le fait que la justice divine avait reconduit les rebelles à Fort Caroline. Dieu ne laissait jamais un crime impuni. Le gouverneur de la colonie termina sa lecture par cette phrase terrible : « En conséquence, les coupables sont donc condamnés à être pendus et étranglés jusqu’à ce que mort s’ensuive». Les autres séditieux qui les avaient accompagnés étaient acquittés. Le capitaine de Laudonnière avait jugé qu’ils avaient été subjugués par les discours trompeurs des meneurs. Par conséquent, ils étaient innocents.

– Comment, mes frères et compagnons, souffrirez-vous que nous mourions si honteusement ? s’écria un des condamnés.

À ces mots, un murmure d’approbation s’éleva de la foule. Si le capitaine n’intervenait par promptement, la situation pouvait se retourner contre lui.

– Des séditieux n’ont pas de compagnons dans cette assemblée ! rétorqua Laudonnière. En trahissant, vous vous êtes placé de votre propre volonté au ban de la société.

– Mais ce sont quand même de vieux soldats qui ne méritent pas une mort infamante par pendaison, lança une voix dans la foule.

René de Laudonnière leva les bras pour réclamer le silence.

– En reconnaissance de vos longues années de service, je consens à ce que vous soyez passés par les armes. Vous serez pendu une fois mort.

– Merci de nous éviter cette mort déshonorante, Monsieur ! répondit Desfourneaux d’un ton ferme.

Sur un signe de Laudonnière, l’officier du piquet de garde fit encadrer les condamnés et les conduisit en direction du rempart de bois. Il les aligna contre la paroi et les militaires vinrent ensuite se ranger en ligne face à eux. La sentence allait être appliquée avec effet immédiat.

En attendant les ordres, les arquebusiers soufflèrent sur les mèches incandescentes de mise à feu de leurs armes.

– Messieurs, commanda l’officier l’épée dégainée, préparez-vous à ouvrir le feu.

Les quatre condamnés regardaient les canons des arquebuses sans sourciller. Ils voulaient mourir en soldats, ils n’avaient jamais été des lâches.

Quand l’officier abaissa son épée, le feu roulant du peloton coucha les quatre hommes en un instant. Morts sur le coup, ils n’avaient pas souffert. Un coup de grâce dans la tempe leur fut appliqué, selon le règlement.

Les corps furent ensuite ramassés et pendus au milieu de la place d’armes. Ainsi venait de s’achever l’épopée des pirates de Fort Caroline.

À suivre


– Si vous aimez les récits de Jean-Paul Guis, vous pouvez acheter ses ouvrages en cliquant ici

– Voir le portrait que nous avons consacré à Jean-Paul Guis

 

 



Related Articles

1 comment

Write a comment

    Write a Comment

    Laisser un commentaire

    Nous avons besoin d’amourrrrr !

    Un like sur Facebook, c’est très important pour la presse indépendante

    Vous pouvez le faire ci-dessous.   MERCI A VOUS !