Sir John Hawkins (suite de notre roman historique « Terre d’Espérance » sur l’arrivée des Français en Floride)

Sir John Hawkins (suite de notre roman historique « Terre d’Espérance » sur l’arrivée des Français en Floride)

« Sir John Hawkins » : Voici la 13ème partie de notre roman historique « Terre d’Espérance », sur les huguenots français partis à la conquête de la Floride

– La 1ère partie est ici !

Et la 12ème (celle d’avant) est ici


Jean-Paul Guis

Un texte original de Jean-Paul Guis, romancier historique

Les arquebuses en position et les canons prêts à tirer, les soldats français regardaient depuis les remparts quatre vaisseaux qui avaient jeté l’ancre au milieu de la rivière de Mai. Espagnols, Anglais, Français ou tout simplement pirates ? Personne n’apercevait de pavillon. Une barque qui transportait le capitaine Vasseur et le lieutenant d’Ottigny s’avançait vers les voiliers à grands coups d’avirons. De leur côté, ces étranges visiteurs avaient mis un canot à l’eau et les deux esquifs avaient fini par se rencontrer. Un homme venait de monter dans l’embarcation dépêchée par René de Laudonnière. Au bout d’une attente interminable, la chaloupe accosta sur le quai de Fort Caroline. Vasseur, d’Ottigny et leur mystérieux passager s’avancèrent vers le chef de la colonie huguenote qui se tenait immobile, la main posée sur la garde de son épée.

– Martin Atinas ! fit ce dernier avec surprise. Mais pourquoi es-tu venu seul sans ton capitaine ?

Le matelot, Dieppois d’origine et membre de la première expédition en Floride, était également un des rescapés du terrible voyage de retour effectué par Nicolas Barré et les mutins de Charlesfort.

– Monsieur de Laudonnière, fit le marin avec hésitation, j’ai été envoyé à terre par l’amiral Hawkins. Il n’était par sûr d’être bien reçu.

– Quoi ? Tu navigues avec des Anglais ?

– Euh … oui. Après avoir été recueilli au large des côtes anglaises en compagnie des survivants de Charlesfort, je me suis engagé dans leur marine. Il y avait la guerre en France et…

– Comment s’appelle ton chef, déjà ? coupa brusquement Laudonnière.

– Sir John Hawkins.

– Connais pas ! Et pourquoi croisiez-vous dans les parages ?

– Nous avons besoin d’eau douce. Je lui ai proposé de venir se réapprovisionner chez vous.

*

Sir John HawkinsRené de Laudonnière reposa avec satisfaction sa coupe vide sur la table.

– C’est un excellent vin que vous avez amené, Monsieur Hawkins ! Je vous félicite !

– Mais, c’est de bon cœur que je vous en fais cadeau !

Le capitaine huguenot passa sous silence qu’il n’avait pas bu une goutte de vin depuis sept mois. Il ne voulait pas que l’anglais réalise à quel point la colonie manquait de tout. Les visiteurs avaient aussi débarqué une grande quantité de pain, base de l’alimentation des Français de cette époque. Et tout ça, en échange de remplir d’eau douce les barils qui se trouvaient à bord de leurs navires ?  Cette opération aurait pu s’effectuer à moindres frais directement avec les indiens. Quelques bibelots auraient suffi. La présence des Britanniques à Fort Caroline était des plus suspectes. Laudonnière connaissait l’intérêt de la reine d’Angleterre pour la Floride. Hawkins ne serait-il pas venu en reconnaissance ? Par ailleurs, les indiens avaient été très impressionnés par l’arrivée de cette flottille et de son opulence. Ils croyaient que ces nouveaux arrivants étaient venus renforcer la colonie. Opportuniste, René de Laudonnière avait laissé courir la rumeur. La garnison française était dans un état de misère total et dans le plus grand dénuement. Un assaut des tribus locales aurait pu facilement tourner au désastre et à l’anéantissement des Européens.

– Capitaine de Laudonnière, je me suis laissé dire que vous désiriez rapatrier tout votre monde en France.

Face au silence du chef de la colonie, le Britannique continua :

– Je ne vois ici qu’un brigantin en état de naviguer, ce qui est tout à fait insuffisant pour faire le voyage de retour.

– En effet, répondit le Français.

– Si vous le voulez, je peux prendre tous vos gens à bord de mes navires.

La proposition était tentante, mais Laudonnière avait choisi de se méfier. Quelles étaient les relations actuelles entre leurs deux pays. Étaient-ils en guerre ? Aucune nouvelle de France ne lui était parvenue depuis des mois. En cas de conflit, leurs sauveurs pourraient très bien les faire prisonniers aussitôt en vue des côtes anglaises.

– Je préfère remettre cette discussion à plus tard, Monsieur Hawkins. Pour l’instant, profitons de ce bon vin ! fit le huguenot en remplissant la coupe de son interlocuteur.

*

– Messieurs, l’heure est grave, laissa tomber René de Laudonnière aux officiers qui l’entouraient. Un groupe de nos soldats a été invité à festoyer à bord du vaisseau de l’amiral Hawkins et ce dernier leur a proposé de les ramener en France.

Un murmure de surprise parcourut son audience.

  Si nous refusons cette offre, je crains for que ces hommes ne partent avec les Anglais en se passant de mon autorisation.

– Pourquoi ne pas demander à Hawkins de lui racheter un de ses bateaux ? lança une voix.

– Mais c’est une très bonne idée ! s’exclama Laudonnière. Même avec un navire en moins, il aura encore de la place pour tous ses gens. Je lui en parlerai demain.

René de Laudonnière était pleinement satisfait du résultat de ses négociations avec l’amiral. Outre le fait que ce dernier ne s’était pas opposé à lui vendre un de ses vaisseaux, le prix avait été déterminé sur la base de l’artillerie de la forteresse. Dans cette transaction, les Français venaient de faire d’une pierre deux coups. Ils ne pouvaient pas transporter tous leurs canons dans seulement deux bateaux et ils avaient réussi à garder le peu d’or et d’argent qui leur restait. Ne pas payer cet achat avec du métal précieux avait aussi l’avantage de ne pas exciter la convoitise des Anglais. Ceux-ci ne seraient donc pas tentés de revenir en Floride dans le seul but de s’approprier des richesses hypothétiques.

Aussitôt que la petite escadre britannique disparut à l’horizon, les Français se mirent fébrilement à préparer leur départ. Ils voyageraient sur deux bateaux, ce qui était suffisant pour ramener tout le monde vers la mère patrie.

À suivre


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– Voir le portrait que nous avons consacré à Jean-Paul Guis



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