Mutinerie à Fort Caroline (suite de notre roman historique « Terre d’Espérance » sur l’arrivée des Français en Floride)

Mutinerie à Fort Caroline (suite de notre roman historique « Terre d’Espérance » sur l’arrivée des Français en Floride)

‘Mutinerie à Fort Caroline’ : Voici la 11ème partie de notre roman historique « Terre d’Espérance », sur les huguenots français partis à la conquête de la Floride.

– La 1ère partie est ici !

– Et la 10ème (celle d’avant) est ici


Jean-Paul Guis

Un texte original de Jean-Paul Guis, romancier historique

Les murs de la pièce se gondolaient avant de disparaître dans un nuage vaporeux chargé d’humidité. Au bout de quelques instants, ils resurgissaient du néant et le phénomène se répétait à l’infini. La senteur ambiante véhiculait une odeur fétide de végétaux en état de décomposition avancée. Soudain, un chamane au corps recouvert de tatouages rituels et de peintures bariolées s’approcha en brandissant un couteau menaçant. Le crâne était coiffé d’une tête de rapace et un rictus cruel lui déformait la face. Une main démesurée apparut au bout du bras du sorcier et se mit à serrer sauvagement la gorge du spectateur. L’air vint rapidement à manquer à René de Laudonnière qui ouvrit brusquement les yeux. Brûlant de fièvre, le corps inondé de sueur, il aperçut un soldat portant casque et cuirasse qui le secouait sans ménagement tout en lançant : « Réveillez-vous, Monsieur ! Nous avons à vous parler. »

Alité depuis plusieurs jours, le chef de la petite colonie française était terrassé par une mauvaise fièvre tropicale. Malgré son état léthargique, le capitaine huguenot avait tout de suite reconnu le militaire qui venait de le réveiller. Il s’agissait d’un dénommé Desfourneaux. À sa suite se tenaient plusieurs hommes armés de pistolets. Dans un éclair, il réalisa que la mutinerie tant redoutée avait finalement éclaté.

Tout avait commencé quelques mois auparavant. Un certain La Roquette, originaire du Périgord, avait persuadé une poignée de soldats qu’il avait découvert une mine d’or en remontant la rivière. Le groupe demanda donc à René de Laudonnière la permission de quitter le fort afin de se reconvertir en chercheurs d’or. Ayant essuyé un refus catégorique, le dépit fit rapidement place à la colère et les esprits commencèrent à s’échauffer. Un individu répondant au nom de Legendre profita de cette situation pour retourner les hommes contre leur chef et les convaincre de changer de capitaine. En fait, Legendre cherchait à se venger du gouverneur de la colonie qui avait refusé de le laisser rentrer en France à bord du dernier bateau de ravitaillement.  Après plusieurs tentatives d’assassinat, les mutins donnèrent l’impression de s’être calmés. En réalité, ils attendaient la première occasion pour tuer le commandant de la place avant de prendre le large. Sur ces entrefaites, un vaisseau français vint faire escale à Fort Caroline. À son départ, René de Laudonnière en profita pour renvoyer au pays une dizaine de fortes têtes. Tout semblait donc être rentré dans l’ordre.

Jacques Le Moyne : Fort Caroline

En quittant la petite colonie floridienne, le capitaine du navire avait laissé derrière lui une douzaine de matelots. Ces derniers allaient par la suite créer une autre rébellion et s’enfuir en volant plusieurs embarcations avec des provisions. Une quinzaine de déserteurs les avait accompagnés. Cette fois, les renégats avaient décidé de s’adonner à la piraterie dans la mer des Antilles. En l’espace de quelques semaines, Fort Caroline avait perdu environ vingt-cinq soldats. Il fallait impérativement stopper cette hémorragie ! Mais comment ? Les hommes étaient démoralisés à cause de l’inactivité, de l’insalubrité du climat tropical et surtout, de la désillusion de l‘absence des richesses qu’ils avaient imaginés. L’Eldorado légendaire, avec ses flots de diamants et de pépites d’or, restait désespérément introuvable.

– Mais, pour qui vous prenez-vous, Desfourneaux ? lança René de Laudonnière d’une voix aux accents autoritaires, mais cependant affaiblie par la fièvre. Est-ce une façon de se présenter à son capitaine ? Sortez tous immédiatement ou je vous fais mettre aux fers !

– Ne me répondez pas sur ce ton, Monsieur ! rétorqua le mutin. Vous allez devoir nous écouter, car maintenant, nous sommes maîtres de la place !

*

Abasourdi, Laudonnière fixait les mutins qui venaient de fouler au pied à la fois son autorité et celle du roi. Le venin séditieux inoculé par La Roquette avait fait son œuvre, lentement mais sûrement.

– Monsieur de Laudonnière, laissa tomber Desfourneaux, nous allons quitter la colonie et tenter notre chance en Nouvelle Espagne. Vous nous signerez un congé et me donnerez une commission de lieutenant. Fort Caroline manque de tout et nous devons requérir de l’aide auprès des Espagnols.

En réalité, les mutins étaient tout simplement décidés à s’adonner à la piraterie dans la mer des Antilles.

– Avez-vous bien réfléchi à la folie de ce projet ? reprit Laudonnière. Avant notre départ, le roi de France m’a expressément recommandé de ne causer aucun tort à l’Espagne.

– C’est tout réfléchi ! répondit Desfourneaux sur un ton menaçant. Nous allons utiliser les deux grandes embarcations que vous nous avez fait construire et prendre la mer.

Face à cette obstination qui était en train de tourner à l’hostilité, le chef de la colonie jugea bon de céder à leur requête. Cependant, il exigea d’adjoindre à leur expédition le capitaine Vasseur, le sergent Lacaille et quelques soldats de confiance afin d’être tenu informé du déroulement des événements.

– Monsieur, vous commencez à m’échauffer les oreilles avec vos boniments, s’écria le meneur. Aucun de vos gens ne nous accompagnera. Et en plus, vous nous livrerez toutes vos armes !

– Çà ! Jamais, Desfourneaux !

– Enchainez-le et mettez-le aux fers sur le bateau ancré au milieu de la rivière !

Deux mutins tirèrent sans ménagement le capitaine de son lit et lui passèrent les chaînes avec brutalité.

– Je vous garantis que vous allez changer d’avis, Monsieur ! s’écria Desfourneaux en le poussant vers la porte.

Jacques Le Moyne : Fort Caroline

*

La tête renversée en arrière, René de Laudonnière fixait les barreaux de la cellule où il avait été enfermé. Mis aux fers à bord du navire qui était ancré au milieu de la rivière, il attendait avec inquiétude que les révoltés décident de son sort. Entre-temps, Desfourneaux était revenu lui rendre visite plusieurs fois. Il l’avait même menacé de mort si le capitaine n’accédait pas à ses requêtes. Devant la détermination de son interlocuteur, le détenu avait fini par céder. Maintenant qu’il n’était plus d’aucune utilité aux rebelles, qu’allait-il advenir de lui ? Comment n’avait-il pas pris à temps les mesures nécessaires pour éviter cette sédition ? René de Laudonnière était en train de remuer toutes ces sinistres pensées quand un soldat de haute stature et au port élégant apparut dans la pénombre. Il passa une clef dans la serrure de la grille de la prison et s’écria avec empressement : « Les mutins sont partis ! Je viens vous libérer, Monsieur ! »

Avec un énorme soulagement, le captif venait de reconnaître la voix du lieutenant d’Ottigny. Son  fidèle second s’empressa de le relever et de lui ôter ses chaînes. Sans un mot, il le prit par le bras et l’aida à sortir de la geôle.

À suivre

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– Voir le portrait que nous avons consacré à Jean-Paul Guis



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