Réformes : Cuba peut-elle devenir « la Chine des Caraïbes » ?

Réformes : Cuba peut-elle devenir « la Chine des Caraïbes » ?

L’élection du nouveau président communiste Miguel Diaz-Canel le 19 avril 2018 en remplacement de Raul Castro aura ainsi été une petite évolution. Pas une « révolution », certes, puisque le changement de constitution qui vient d’être opéré était supervisé par une commission présidée par l’ancien dictateur… Raul Castro. Il ne fallait donc pas s’attendre à un bouleversement, mais en tout cas les changements sont bien réels sur l’île, et l’adaptation de la politique cubaine est un point d’actualité important à l’heure où le socialisme connaît des bouleversements dans la région. D’un côté il est grandement menacé chez le partenaire vénézuélien qui apporte le pétrole à Cuba. D’un autre côté – plutôt positif pour La Havane – un grand pays d’Amérique est devenu à son tour socialiste en janvier dernier : le Mexique.

Photo ci-dessus : un joueur de trompette à La Havane. Crédit photo : Riccardo Maria Mantero (CC BY-NC-ND 2.0))

LA PROPRIETE PRIVEE EST RECONNUE

Miguel Díaz-Canel

Miguel Díaz-Canel. Crédit photo : cette photo a été copyrightée par le Gouvernement de l’Inde, sous license : « Government Open Data License – India (GODL) ».

Fin février, 86% des électeurs cubains ont ainsi approuvé une nouvelle constitution. Il s’agit d’un score quasi-soviétique, mais on a vu pire par le passé (comme le 98% de « oui » à la constitution de 1976). La bonne nouvelle c’est que, cette fois, personne n’a vraiment contesté la véracité du scrutin. La propriété privée est donc désormais reconnue à Cuba. « Tout ça pour ça »… pourrait-on dire, car il est difficile de continuer d’appeler « communiste » un pays où la propriété est privée. Néanmoins, la plupart des observateurs s’accordent à dire que Cuba s’oriente plutôt aujourd’hui vers un modèle « à la Chinoise » : adopter les réalités du marché, mais avec le moins de concessions possibles à l’idéal socialiste. La nouvelle constitution précise d’ailleurs le caractère « irrévocable » du socialisme. Dans le détail, elle créé un poste de « premier ministre » qui n’existait pas avant, et elle limite à deux le nombre de mandats présidentiels (ça va les changer de l’ère Castro où on pouvait rester président durant 50 ans !!). Quant à la comparaison avec la Chine, il est prudent de ne pas trop s’aventurer plus : les possibilités des uns (première puissance économique mondiale) n’est pas forcément comparable avec celle d’une île. Et certaines de ses cultures principales ne sont plus tellement en vogue en ce moment : tabac (les cigares), alcool (le rhum) et même le sucre… ne sont plus les aliments préférés du monde occidental.

Si le castrisme a longtemps été qualifié de « régime homophobe », cette nouvelle constitution devait comporter un article autorisant le mariage de personnes du même sexe. Il a été supprimé avant le vote, mais la nouvelle constitution ne stipule plus que le « mariage » est « l’union d’un homme et d’une femme ».

LES AUTRES CHANGEMENTS A CUBA

La 3G vient d’arriver sur l’île (même si internet demeure beaucoup trop cher pour la quasi-totalité des habitants de l’île).

Autre signe d’assouplissement : le 26 janvier 2019 a été inaugurée la première église catholique construite depuis la révolution de 1959. La foi ne pourra pas nuire au besoin d’espoir des cubains !

Mais cette ouverture nouvelle à l’économie de marché a un nom bien français : Bouygues. La France et ses groupes industriels ont sauté sur l’occasion offerte : si Cuba s’ouvrait au capitalisme, ça ne pouvait pas être avec les Etats-Unis (en raison de l’embargo). En 2015 le président François Hollande, prévoyant, a donc atterri sur l’île… et pas tout seul. Depuis lors, le groupe Bouygues construit des hôtels pour le compte de Gaviota, l’entité qui contrôle les infrastructures touristiques à Cuba, et qui est la propriété de… l’armée ! Le bon goût français (et surtout son béton) changent ainsi le paysage de La Havane. Les nouveaux hôtels, souvent dans la catégorie « luxe », ne sont évidemment pas gérés leurs propriétaires en uniformes, mais par le Suisse Kempinski (pour le 5 étoiles « Gran Manzana » ouvert en juin 2017) par Iberostar ou encore, par Accor qui doit ouvrir en septembre un Sofitel sur le célèbre Malecon du front de mer.

Il faudra beaucoup de philosophie aux Cubains pour s’adapter à une nouvelle clientèle qui a les moyens de s’offrir des séjours à des tarifs « pas très socialistes », et aux boutiques de luxe qui ouvrent dans les halls des hôtels. Toute révolution a… ses limites. En tout cas, si vous voulez profiter des derniers restes de la révolution castriste, c’est aujourd’hui qu’il faut visiter Cuba : demain l’île risque d’avoir un tout autre visage !

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