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Conseil de Guerre (suite de notre roman historique « Terre d’Espérance » sur l’arrivée des Français en Floride)

« Conseil de Guerre » c’est le titre de la 16ème partie de notre roman historique « Terre d’Espérance », sur les huguenots français partis à la conquête de la Floride.

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La 1ère partie de cette histoire est ici !

Et la 15ème (celle d’avant) est ici

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Jean-Paul Guis
Un texte original de Jean-Paul Guis, romancier historique

5 septembre 1565. Un groupe d’hommes marchait sous le soleil qui inondait de ses rayons la petite colonie de Fort Caroline. Des nuages sombres commençaient à se former à l’horizon, annonçant des averses. Avec ses alternances de beau temps et de pluies diluviennes, le climat sous les tropiques pendant cette période de l’année est capricieux et les ouragans fréquents.

Le capitaine Ribault, suivi de plusieurs officiers, pénétra dans le bâtiment où René de Laudonnière se trouvait alité à cause d’une mauvaise fièvre.

– Ne vous dérangez pas, Monsieur, lança Jean Ribault à ce dernier qui fit mine de se redresser en le voyant entrer dans la pièce.

Le gouverneur de la Caroline tira à lui l’unique chaise de la chambre pendant que les gentilshommes de sa suite formèrent un demi-cercle autour du malade. Parmi eux, Laudonnière reconnu immédiatement deux de ses officiers : d’Ottigny, son fidèle second, et le capitaine La Grange.

– Messieurs, laissa tomber Ribault, j’ai décidé d’embarquer toute la troupe à bord des navires et d’aller attaquer les Espagnols au plus tôt. Mais avant, je désire recevoir votre conseil !

Se tournant vers Laudonnière, il lui fit un signe de tête signifiant qu’il avait la parole.

– Capitaine, commença Laudonnière, le mois de septembre est une saison où il y a fréquemment des  coups de vent périlleux qui risqueraient de détruire notre flotte. Par ailleurs, si toute la troupe quitte le fort, celui-ci se retrouvera sans défense si nous devions repousser une attaque des Espagnols.

Quand vint le tour d’Ottigny et de La Grange, ces derniers qui connaissaient bien la région donnèrent le même conseil que Laudonnière. Ils firent également remarquer que sans la Trinité, la flotte n’était pas en état d’affronter celle des Castillans. En outre, il serait judicieux de renforcer les fortifications. Bref, tout le monde suggérait d’attendre à la fois le retour de la Trinité et la fin de la saison des vents avant d’entreprendre toute action offensive. Sans un mot, Ribault quitta la pièce.

*

Pensif, Jean Ribault attendit quelques instants devant la porte de la chambre de René de Laudonnière. Après une dernière hésitation, il actionna le levier pour entrer dans la pièce. Sa décision était prise. Il fallait attaquer les Espagnols au plus tôt.

– Monsieur, fit-il sans laisser au malade l’opportunité de parler, je viens vous demander de mettre à ma disposition la garnison de Fort Caroline au grand complet. J’ai besoin de tous nos soldats pour un assaut en force.

– Je refuse, capitaine ! répondit aussitôt Laudonnière. Nous ne pouvons pas laisser le fort sans défense. Et puis, la France n’est pas en guerre avec l’Espagne !

– Le roi Emola m’a appris que les Espagnols étaient en train de se retrancher dans les maisons de Céloi. Ils attendent sûrement des renforts qui ne devraient pas tarder à arriver. Il faut donc les vaincre avant qu’ils ne deviennent trop puissants. Apparemment, nous avons l’avantage du nombre … pour l’instant.

Les Espagnols à St Augustine

Sur ces mots, Ribault tendit un parchemin à son interlocuteur. C’était une lettre de l’Amiral de Coligny qu’il avait gardée secrète depuis son départ de France. René de Laudonnière se mit à lire fébrilement les quelques lignes tracées au dernier moment par le chef des huguenots: « Capitaine Jean Ribault, en fermant cette lettre, j’ai été avisé que Don Pedro de Menéndez quitte l’Espagne à destination des côtes de Nouvelle France. Veillez à ce qu’il n’entreprenne rien contre vous ». La correspondance de l’Amiral se terminait par cette phrase un peu ambigüe : « Lui-même (Menéndez) désire que nous n’entreprenions rien contre eux ».

– Vous voyez, reprit Jean Ribault, je n’ai guère le choix. Menéndez est venu pour nous rejeter à la mer. Nous devons donc nous défendre !

*

10 septembre 1565. Le capitaine François Léger de La Grange était venu prendre congé de René de Laudonnière. Ce dernier, toujours alité à cause de sa mauvaise fièvre, affichait une expression de profond découragement. 

– Cette entreprise est bien mal engagée, mon cher La Grange ! jeta Laudonnière. Le capitaine Ribault me laisse seul avec une poignée de soldats dont la plupart sont malades et hors d’état de porter les armes. Fort Caroline ne compte pas plus d’une vingtaine d’hommes valides si jamais les Espagnols venaient à nous attaquer. Nous ne sommes pas en mesure de nous défendre !

– Je regrette de vous quitter, Monsieur, mais notre chef m’a sommé de le rejoindre dans la journée. J’ai laissé des consignes au seigneur Aligre du Lys pour terminer au mieux le renforcement des fortifications.

– Ce bon seigneur du Lys ne me parait pas avoir beaucoup d’expérience militaire.

– Soyons optimistes, Monsieur. Il n’est pas dit que tout ne se passera pas bien.

– Dieu vous entende La Grange !

  La conversation fut soudainement interrompue par quelqu’un qui tapait à la porte.

– Oui ? lança Laudonnière avec une pointe d’énervement dans la voix.

Sa servante apparut sur le seuil et l’informa que le peintre Jacques Le Moyne venait lui rendre visite.

– Mais faites-le donc entrer !

Le peintre de l’expédition, mal remis de ses blessures reçues lors de la bataille contre Outina, avait été renvoyé à terre par le lieutenant d’Ottigny. Sans le savoir, ce dernier  lui avait sauvé la vie.

– Jacques, vous arrivez à point pour saluer notre cher La Grange qui nous quitte pour aller rejoindre le capitaine Ribault. 

– Ah ! fit Le Moyne. Je vous souhaite bonne chance dans cette entreprise. J’espère que vous nous reviendrez sain et sauf.

– Demain au plus tard ! s’écria La Grange avec une pointe d’inquiétude dans la voix. Nous aurons l’effet de surprise et l’avantage du nombre.

Se tournant vers son ancien chef, il lui serra la main avec émotion.

Ils ne devaient plus se revoir.

À suivre


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