La langue québécoise expliquée aux autres francophones

La langue québécoise expliquée aux autres francophones

Avant d’aborder l’épineuse question de la langue québécoise, il est important de considérer deux périodes de l’histoire récente du Québec :  celle d’avant Terre des hommes, l’Exposition universelle de 1967, et celle d’après Terre des hommes.  

À partir de 1967, toutes les sphères de la société québécoise ont été traversées par une tornade, par un vent de changement. Pour la première fois de son histoire, le peuple québécois, qui connaissait déjà la culture française par les livres, la musique et le cinéma, profitait d’une multitude d’échanges entre lui et les francophones d’ailleurs. Puis, quelques années plus tard, l’État québécois instaurait un système d’éducation post-secondaire, ce qui permit à des milliers de personnes d’avoir accès à une meilleure éducation.

Aujourd’hui, en 2016, il est clair que pour exprimer leurs pensées, les jeunes utilisent un français beaucoup plus standard, mais pas moins châtié, c’est-à-dire vivant ! (Ne pas confondre Parler comme un charretier, et châtié). La venue d’Internet a également permis aux Québécois d’être plus exposés au français de France, de Suisse, de Belgique et d’Afrique, alors que le peuple français s’est sans doute retrouvé plus exposé à l’anglais et à la langue américaine (1).

Mais malgré tous ces changements, les touristes des pays francophones qui visitent le Québec ont toujours un choc culturel lorsqu’ils entendent parler des Québécois pour la première fois. Et ce n’est pas uniquement à cause de l’accent. Souvent, c’est carrément parce que les Québécois inventent des mots. Ils ont leur propre lexique qui peut différer d’un territoire à l’autre. Mais faut pas capoter avec ça, tout sera tigidou, car icitte, au Québec, on est ben d’adon, répondrait un Québécois à un touriste francophone un peu dépaysé, ou même paniqué. Mange pas tes bas cousin, pis prends ton gaz égal (du calme !). Parfois, les Français se surprennent à ressentir une certaine nostalgie devant des mots comme mitaine, brunante ou champelure.

hein

 Pour des raisons qu’on ignore, les Québécois utilisent aussi des raccourcis. Le chus a remplacé le Je suis : Chu belle, chu fine, chu capable, ressemblant un peu au « chti » de la langue picarde (nord de la France). Il existe également dans leur vocabulaire un vieux « t » ancestral, hérité de France et qui persiste dans les expressions « il fait frette » (froid), « mon litte » (lit), « viens icitte » (ici), « pomme pourritte » (pourrie). Par ailleurs, les mots communs qui se terminent en « oir » sont souvent prononcés « oèr » : Avoèr (avoir), à soèr (ce soir), la bouilloère (bouilloire), un mouchoèr (mouchoir). Au Québec, on conserve des prononciations et des mots qui, en général, ont disparu en France. Parmi les « vieux » mots de français, beaucoup viennent du langage marin des ancêtres. Ainsi on « embarque » et on « débarque » de son « char » (voiture), on « vire de bord » (pour faire demi-tour), on « coule » un examen, et on prend sur la tête des « bordées » de neige.

Si les Québécois ont la réputation de lutter contre les mots d’anglais et les anglicismes hybrides (mélangés au français), ça ne veut pas dire qu’ils sont absents : au contraire, ils passent très facilement la frontière. On entend souvent des checker pour « vérifier » ou spotter pour « repérer », et certaines expressions, même en français, viennent de nos voisins. Par exemple on dira facilement « siéger dans un comité » (au lieu de « faire partie d’un comité ») qui vient du verbe « To chair » (prendre  siège en anglais).

Innover en français

C’est au Québec, grâce à la persévérance de grammairiens québécois passionnés, que plusieurs domaines de la vie quotidienne, dont l’électricité, l’alimentation, la robotique, la médecine, l’aéronautique,  la construction résidentielle, l’informatique ainsi que plusieurs sports, ont pu s’épanouir en français.  En informatique, par exemple, il est possible de s’échanger des courriels (email), de se courriéliser ou de clavarder, en ajoutant des témoins (cookies), de mettre à jour ou mettre à niveau (upgrade) certaines applications, mais tout en évitant, si possible, les pourriels (spam).

Les joueurs de golf peuvent maintenant se promener en voiturette (cart), jouer sur un vert (green), éviter une fosse de sable (sand trap), jouer la normale (par), essayer de faire un aigle (eagle), un albatros (double eagle) ou un oiselet (birdie).

L’Office québécois de la langue française

C’est en grande partie grâce à l’Office québécois de la langue française (OQLF), un organisme gouvernemental créé en 1961 par le gouvernement de l’époque, que le français est mieux protégé et peut s’enrichir de termes et de mots nouveaux. L’Office doit veiller à ce que le français soit la langue normale et habituelle du travail, des communications, du commerce et des affaires dans l’Administration et les entreprises.

Cette institution publique est à l’origine du Grand dictionnaire terminologique (GDT) et de la Banque de dépannage linguistique (BDL). Le Grand dictionnaire terminologique est une base de données terminologique contenant près de trois millions de termes, donnant définitions et équivalences avec l’anglais. Cet outil est gratuit et accessible en ligne. La Banque de dépannage linguistique est également d’intérêt général.

Chaque année, plusieurs distinctions sont attribuées par l’OQLF pour récompenser les personnes et les organisations qui contribuent à la survie de la langue française en Amérique dans le travail et dans le commerce, et depuis 1998, l’Office remet aussi les Mérites du français dans les technologies de l’information.

La langue québécoise, une langue vivante !

Pour résumer, la langue québécoise est un mélange de mots hérités du vieux français, des influences  amérindiennes, anglaises et américaines, et d’un grand talent pour l’invention lexicale. Sur la planète, c’est sans doute au Québec que la langue française est la plus vivante !

Voici un extrait d’un article qui fut publié il y a quelques années dans le magazine Hebdo du quotidien Le Monde au sujet du conteur québécois Fred Pellerin : « Fred Pellerin invente des mots tellement beaux, tellement justes, qu’on ne comprend pas qu’ils n’aient à ce jour d’existence officielle.  Il crée des collisions, des collusions, des arabesques, de la voltige, bref, tout un tas de figures inédites dans la langue et la syntaxe de France. »

On ne va pas vous parler d’argot (ce serait trop long !), mais au nombre des expressions, sachez que les Québécois ne se mettent pas sur leur 31 comme les Français, mais « sur leur 36 ». Ils « quémandent » beaucoup pour avoir des « aubaines », et ils « chicanent » quand ils ne sont pas contents (ou ils vous « sautent dans face ») !  Si vous avez un restaurant, vous devez savoir que, pour les Québécois, on déjeûne le matin, on dîne à midi et on soupe le soir ! Si vous avez un commerce, ils viennent chez vous pour « magasiner ». Mieux vaut le savoir, sinon « c’est plate » (c’est dommage).

Autre expression inverse aux Français : pour dire « au revoir » on dit « bonjour ». Donc, bonjour à vous !

OQLF : www.oqlf.gouv.qc.ca/

GDT : www.granddictionnaire.com/

BDL : www.oqlf.gouv.qc.ca/bdl/

(1) En tout cas beaucoup s’en plaignent !

 

Lire aussi :

Lire aussi : Le retour des Snowbirds en Floride (nov 2016)

– Interview (nov 2016) de Susan Harper, nouvelle consule du Canada à Miami

– Richard Marchand : un Snowbird reçoit la médaille du Gouverneur du Canada pour sa générosité

– Article sur Le Petit Québec en Floride

– Article sur la présence canadienne francophone en Floride AVANT les Snowbirds

 

 



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