La maison mobile est-elle l’avenir de l’habitation américaine ?

La maison mobile est-elle l’avenir de l’habitation américaine ?

« Home Sweet Mobile-Home » ! Oui, les Américains sont toujours propriétaires… mais pas forcément de ce qu’on pourrait croire. 6,4% des maisons aux Etats-Unis sont désormais des mobiles homes, et la tendance s’accentue. Adieu les rêves de « pavillon pour tous » des années 1950 ?

La "maison pour tous" : le rêve américain des années 1950...

La « maison pour tous » : le rêve américain des années 1950…

En Floride, la transition est brutale entre les appartements de Miami Beach, en vente pour des millions de dollars (et dont le prix ne cesse d’augmenter), alors qu’à quelques kilomètres en retrait des plages, des parcs de mobile-homes s’étendent parfois sur des kilomètres, affichant des prix de vente la plupart du temps inférieurs à 50 000$ : des paysages entiers de maisons mobiles (ou « maisons usinées » comme disent les Québécois) (que les Français appellent « parcs de mobile homes » et les américains parfois « trailer parks »).

Dans le sud de la Floride, ces terrains sont indissociables de la présence de 4 millions de Canadiens durant l’hiver. Dès le 1er mai, quand les beaux jours reviennent à Montréal, les parcs deviennent quasiment déserts, attendant la fin du mois d’octobre pour se remplir à nouveau. En effet, il n’est pas possible pour le plus grand nombre de vivre durant 6 mois de l’année (le maximum autorisé quand on fait du tourisme aux USA) en location près des plages de la flamboyante Miami Beach ; c’est beaucoup trop cher. D’où le développement rapide de ces parcs de l’autre côté de l’autoroute I95. Certains sont absolument magnifiques, et avec un ticket d’entrée bien supérieur à ce qui est évoqué ci-dessus.

Mais, par delà le côté balnéaire sympathique, dès qu’on s’écarte un peu de la capitale balnéaire de la Floride, les parcs de maisons mobiles ne sont plus des villes saisonnières, mais bel et bien des habitations à plein temps, de véritables villages.

Autre page : Tout savoir de l’immobilier en Floride + liste des courtiers/agents immobiliers francophones

Où sont les parcs de maisons mobiles de Floride fréquentés par les Québécois et les autres canadiens francophones ?

Le comté de Broward est sans conteste la destination favorite des Québécois qui viennent pour beaucoup y passer les 6 mois d’hiver. La plupart des parcs de maisons usinées sont à l’ouest de l’autoroute I95 (mais pas uniquement) et à peu près chaque ville de Broward contient plusieurs parcs. La concentration la plus impressionnante  est sur Hallandale Beach boulevard (ouest de l’I95), mais Hollywood et Fort Lauderdale en compte également de très nombreux disséminés un peu partout. Il y en a aussi beaucoup à Pompano Beach (comme les fameux Highlands). Vient ensuite le comté de Palm Beach, avec de fortes concentrations de Québécois à l’ouest de West Palm Beach, Boynton Beach et Lake Worth. Sans oublier Miami-Dade, ou il est aussi possible de trouver plusieurs parcs, notamment à North Miami Beach et à Homestead.

Ailleurs en Floride, beaucoup de Canadiens adorent la région de Tampa, avec plusieurs parcs entre Anna-Maria Island et Clearwater, en passant par St Peterbsurg, même si ce n’est pas comparable en quantité avec le sud-est de la Floride… mais c’est en progrès !

44 000 parcs de maisons mobiles aux USA

Il existe aujourd’hui aux Etats-Unis 44000 parcs de maisons usinées qui s’imposent ainsi de plus en plus comme un nouveau mode de vie. En dehors de la Floride, ils n’avaient pas une très bonne réputation jusque dans les années 1980 – considérés comme des ghettos -, mais ils sont désormais pour la plupart très bien tenus, et ils constituent surtout une nécessité économique, une possibilité de se loger à bon marché. Il faut savoir que 56% des retraités américains ont moins de 10 000$ d’économies quand ils terminent leur carrière. Et, chaque jour qui passe, les « baby boomers » sont 10 000 de plus à partir à la retraite. Le prix moyen d’une maison mobile étant 5 fois inférieur au prix moyen d’une maison « immobile », son succès est dès lors une évidence… D’autant que les charges mensuelles n’y sont en moyenne que de 100 à 150$ seulement (en Floride en tout cas). « L’american dream » des années 1950 ; le pavillon pour tous avec la Ford ou la Chevrolet garée devant la balançoire des enfants… n’est ainsi plus d’actualité pour tout le monde. La dureté économique à laquelle fait face la classe moyenne américaine mêne de plus en plus les nouvelles générations à être locataires plutôt que propriétaires. On est là fort loin de la “National Ownership Strategy”, la stratégie du « tous propriétaires », objectif national à la fin de la Seconde Guerre Mondiale.

la vie des résidents de Brookside Park, qui est un parc de maisons mobiles à Sonoma, Californie.

Photo de David Waldorf, extraites de la série « Trailer Park » (2015), sur la vie des résidents de Brookside Park à Sonoma, Californie. www.davidwaldorf.com

20 millions d’Américains…

Les mobile homes abritent ainsi aujourd’hui 20 millions d’Américains (dont 23 % de retraités), soit deux fois plus que dans les années 1970. C’est profitable pour les familles qui peuvent ainsi se loger ; pour l’Etat qui n’a rien à dépenser en construction de logement sociaux, mais aussi (et surtout) pour les fabricants. Ainsi, toutes les grandes villes ont défini des zones précises réservées aux maisons usinées, dans lesquelles leurs citoyens peuvent déménager, un peu loin du centre ville, mais tout de même pas au fin fond de la campagne. Ils peuvent ainsi continuer à travailler à la ville. Parfois, les résidents de ces parcs sont aussi liés à l’immigration, comme par exemple au Nouveau-Mexique où les mobile homes constituent 15% de toutes les maisons de l’Etat.

La ruée vers le trailer park a commencé en 2008 au moment de la crise des subprimes. De nombreux américains avaient alors perdu leur logement, et les prix des mobile homes ayant également baissé (en moindre mesure), elles sont devenues des solutions de repli sur un marché alors moins fluctuant que l’immobilier classique. Ceux qui avaient tout perdu pouvaient ainsi malgré tout redevenir locataires pour quelques centaines de dollars seulement, alors que d’autres dans la même situation avaient sauvé les quelques dizaines de milliers de dollars nécessaires pour rester propriétaires… mais d’une maison mobile.

Vincent Ricaud, agent immobilier à Sarasota en explique certaines modalités : « Dans un parc de maisons mobiles, on n’est généralement pas propriétaire du terrain qu’on loue et on est donc totalement à la merci de certains propriétaires qui ont très fortement augmenté les prix de location, à $500 – voire plus – par mois. La valeur de son investissement est donc délicate si on ne contrôle pas la propriété du terrain. Mais il existe d’autres formules plus protectrices : terrain en co-propriété (co-op) ou bien pleine propriété du terrain avec une HOA (le mieux). Bien évidemment, il n’est pas possible d’installer une maison mobile en dehors d’un terrain réservé et zoné à cet effet (pas le droit dans une zone réservée aux maisons individuelles, par exemple).« 

… pour le meilleur, comme pour le pire

Ainsi, si le rêve américain des années 1950 s’éloigne, ce n’est pas pour autant non plus un « cauchemar » pour tous les résidents des trailers parcs. Ils constituent de nouveaux modes de vie avec un confort certain et des règlements drastiques afin d’en préserver la tranquillité. Sans compter les parcs hors catégories, parfois splendides, comme en Floride. Nombreux sont ceux qui fonctionnent même comme des « gated communities » ; des parcs entourés de murs et surveillés par des sociétés privées. Dans le sud, beaucoup de parcs sont ainsi peuplés de retraités paisibles qui s’exercent toute la journée à rendre coquets leurs extérieurs comme leurs intérieurs. Ceux-là ont souvent, par le passé, été les jeunes propriétaires des fameux pavillons de banlieue des années 1950. Ils ont « revendu l’american dream » pour avoir une retraite plus confortable au soleil et pas trop loin de la mer.

Des maisons à moins de 20 000$

En Floride il est possible d’acheter une maison mobile pour 20 000$, et parfois moins. Dans la plupart des Etats, les maisons usinées ont une côte dégressive en fonction de leur âge, comme les voitures. Mais si les résidents arrivent à racheter les terrains où sont construits leurs maisons, alors la côte n’est plus dégressive, et elle se calcule alors en fonction des fluctuations immobilières, comme les autres maisons. Dans ce cas-là, les prix montent presque systématiquement, comme par magie, car les propriétaires font en sorte de bien entretenir les lieux. En Floride, 700 des 5000 terrains sont ainsi devenus la propriété de leurs heureux résidents.

Il y a aussi deux autres sortes de maisons modestes : les « manufactured homes » qui sont pour leur part destinées à être installées en permanence – constituant une phase intermédiaire entre mobile home et maison en dur – et puis les “tiny homes”, souvent préfabriquées, habitées par de jeunes urbains, souvent des « millenials » qui n’ont pas les moyens de se loger dans des condos en ville et ne souhaitent pas non plus aller habiter en lointaine banlieue.

Dans l’Amérique de l’opulence, les parcs de mobile homes sont ainsi devenus une « autre réalité » qui n’est certes pas mise en valeur par les films hollywoodiens. Mais de grandes sociétés cotées à Wall Street commencent à s’intéresser à ce marché… et ont déjà gagné des millions avec. « C’est même un secteur d’investissement très recherché« , précise Vincent Ricaud, « car la clientèle est captive. Lorsque ton parc est plein, c’est une rente certaine. C’est un segment immobilier qui a toute sa place. »



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