Terre d’Espérance : « CHARLESFORT » (3ème partie de notre roman historique sur l’arrivée des Français en Floride)

Terre d’Espérance : « CHARLESFORT » (3ème partie de notre roman historique sur l’arrivée des Français en Floride)

Vous ne connaissiez pas « Charlesfort » en Floride ? Découvrez ce lieu dans la 3ème partie de notre de notre roman historique « Terre d’Espérance », sur les huguenots français partis à la conquête de la Floride.

– La 1ère partie est ici !

Et la 2ème est ici

Jean-Paul Guis

Un texte original de Jean-Paul Guis, romancier historique

Une main ferme et appliquée conduisait la plume d’oie le long d’une grande feuille de papier maintenue aux extrémités par un astrolabe, une règle et un compas. La pointe humectée d’encre faisait apparaître dans son sillage de nuit une carte jusqu’alors inconnue de mémoire d’homme. La côte était parsemée de rivières qui venaient toutes mourir dans l’océan Atlantique. Des cours d’eau aux noms qui chantaient la terre de France : Seine, Loire, Charente, Gironde et bien d’autres. Ceux qui les avaient nommés ainsi étaient des Français profondément attachés à leur patrie, ils voulaient à tout prix en perpétuer le souvenir dans ces contrées du bout du monde. Jean Ribault n’avait-il pas donné le ton en nommant Cap François la première avancée de la côte qu’ils avaient dépassée à leur arrivée, le 1er mai 1562 ? Cet endroit figurait au bas de la carte comme point de départ de leur périple en Floride, le reste des territoires remontant vers le septentrion (le nord), en direction du lointain Canada. Ils se trouvaient en effet à l’extrême sud de la Nouvelle France. Plus bas se situaient des contrées interdites qui appartenaient aux royaumes d’Espagne et du Portugal. Un fleuve avait aussi été baptisé Jourdain. Ces hommes étaient pour la plupart des huguenots, nourris de lectures bibliques. Après avoir fait honneur à leur pays, ils tenaient à affirmer leurs convictions religieuses. N’étaient-ils pas venus en ces lieux sauvages et hostiles fonder une colonie calviniste où ils pourraient pratiquer librement leur culte ? Sans crainte des persécutions de la fille ainée de l’Église, leur propre patrie ! Malgré le roulis du navire, Nicolas Barré, cartographe de l’expédition, traçait d’une main sûre les découvertes de l’expédition Ribault.

*

Carte de la Floride en 1562

Sur le pont supérieur, René de Laudonnière conversait avec la paire d’indiens qui leur avait été offerte par un chef de tribu du peuple Timucua (voir  épisode 2). Au début, les deux guerriers s’étaient émerveillés de l’univers  qu’ils découvraient sur le navire. Ils étaient curieux de tout et n’arrêtaient pas de parler dans leur langue impénétrable. Ils faisaient les plus grands efforts pour essayer de communiquer par geste et de montrer leur joie d’être à bord. Pour encourager cette bonne volonté, Jean Ribault leur avait offert des cadeaux ainsi qu’un accoutrement de marin à chacun. De son côté, Laudonnière s’était pris au jeu d’arriver à pouvoir dialoguer avec eux. Il commença tout d’abord à leur montrer des objets que ces derniers nommaient dans leur parler. Il créa ensuite une ébauche de dictionnaire en couchant tous ces mots par écrit. Stimulé par ces résultats, il passa de l’apprentissage du vocabulaire à celui des locutions. Flattés de l’intérêt du français pour leur langue, les indiens commencèrent à lui poser des questions. Comment s’appelait tel ou tel objet ou quel temps faisait-il. Assez rapidement, une conversation finit par s’établir entre les trois hommes.

Cependant, au fil des jours les deux guerriers furent pris par la nostalgie de revoir leur village et leur famille. Ils étaient également devenus inquiets de toujours être sur le bateau et craignaient de ne plus jamais pouvoir vivre sur la terre ferme. Laudonnière avait beau leur dire que ce séjour à bord était passager, les indiens n’arrivaient pas assimiler le concept de futur et vivaient uniquement le moment présent. Afin de gagner leur liberté, ils lui dirent qu’ils voulaient partager un secret qui ferait de lui l’homme le plus riche de son peuple. Ils lui révélèrent alors l’existence d’un roi très puissant qui se nommait Chiquola. D’après la direction qu’ils indiquaient de la main, le monarque vivait plus au nord à l’intérieur des terres. C’était un géant qui habitait dans une fort belle ville à la population nombreuse. Les maisons possédaient toutes des étages et l’agglomération était entourée par une très haute palissade. Le détail le plus intéressant avait été gardé pour la fin du récit : l’or, l’argent et les perles y étaient en si grande abondance que personne n’y prêtait attention. Naturellement, les deux indiens étaient prêts à accompagner Laudonnière dans ce jardin d’Eden si ce dernier consentait à les libérer. Ne recevant pas de réponse claire, les deux hommes disparurent une nuit alors que le navire croisait près des côtes. Ils dérobèrent un canot et laissèrent sur le pont tous les cadeaux qu’ils avaient reçus ainsi que leurs accoutrements de marin. Avec sagesse, le capitaine Ribault décida de ne pas les poursuivre, mais d’en faire plutôt des ambassadeurs. En effet, la paire de guerriers pourrait dire à leur peuple combien ils avaient été bien traités par les Français contrairement aux habitudes des Espagnols.

*

 

Les deux navires à voiles s’éloignaient lentement du quai sur lequel étaient regroupés vingt-huit Français qui agitaient les bras en signe d’adieu. Une canonnade se mit alors à éclater, brisant la tranquillité de la rivière Chenonceau et le gazouillis ambiant des oiseaux. Le capitaine Ribault venait d’ordonner cette ultime forme de salut afin de rappeler à ceux qui restaient en arrière qu’il ne les oublierait pas et reviendrait au plus tôt avec des renforts, des vivres et le matériel nécessaire à la construction d’un établissement permanent.

Peu de temps auparavant, Jean Ribault avait décidé de construire un fort et d’occuper la région. Une île facile à défendre avait été choisie et les Français comptaient y bâtir un ouvrage militaire qui se nommerait Charlesfort en l’honneur de leur jeune roi, Charles IX. La région était belle et accueillante, et les tribus voisines s’étaient révélées aussi pacifiques que celles de la Rivière de Mai. Le plus difficile restait cependant à faire, convaincre une trentaine de soldats de rester sur place.

Passé maître dans l’art du discours, le capitaine avait rassemblé tout son monde face à l’îlot qui avait été choisi (aujourd’hui « Parris Island », en Caroline du Sud). Il commença tout d’abord par rappeler l’importance stratégique pour la France de cette mission d’exploration. Ceux qui seraient volontaires pour occuper cette contrée obtiendraient la reconnaissance du roi et leur renommée serait à jamais gravée dans l’histoire. L’effet fut immédiat, la plupart des meilleurs soldats de l’expédition répondirent à cette offre avec enthousiasme. Sans perdre de temps, René de Laudonnière et le capitaine Salles tracèrent le plan de la future forteresse et la construction commença immédiatement.

Tout le monde se mit au travail sans relâche. En peu de temps, des bâtiments et une palissade sortirent de terre, les entrepôts furent remplis de vivres et d’armes et des canons mis en batteries. Même si le fortin n’était pas encore terminé, il pouvait d’ores et déjà procurer une défense efficace à ses occupants.

Avant de partir, Jean Ribault rassembla tout le monde et désigna le capitaine Albert à la tête de la petite garnison. Il demanda aux hommes de le respecter et de lui obéir comme à lui-même. Enfin, le chef de l’expédition promit solennellement qu’il n’oublierait pas ces hommes courageux et qu’il reviendrait au plus vite. L’émotion était à son comble et le discours se termina aux cris de Vive la France ! Vive le roi ! 

Après ces adieux émouvants, Ribault et le reste de ses gens embarquèrent dans les bateaux et prirent le chemin du retour. Combien de ces hommes allaient se revoir ?

A suivre…

 



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