Référendum sur l’indépendance : laissez voter les Catalans !!! (Editorial)

Référendum sur l’indépendance : laissez voter les Catalans !!! (Editorial)

Le référendum sur l’indépendance de la Catalogne doit se tenir dimanche 1er octobre. Contraire à la constitution de l’Espagne, cette dernière tente de l’empêcher en faisant saisir le matériel électoral par la police.

Gwendal Gauthier, éditeur du Courrier de Floride.

par Gwendal Gauthier, directeur du Courrier de Floride.

Certains commentateurs assurent que ce référendum souverainiste serait dangereux, pas seulement pour l’Espagne, mais pour toute l’Europe. Et on sent même Outre-Atlantique jusqu’à l’actuel premier ministre québécois peu à l’aise avec l’idée qu’un peuple puisse se séparer d’un autre pays pour former une nation. Voici quelques points à prendre en considération.

Les risques pointés du doigt sont de deux ordres. Le premier, extérieur à l’Espagne, est celui de « l’effet domino » : si la Catalogne vote son indépendance, alors cela pourrait donner des ailes à d’autres vélléités indépendantistes en Europe, déstabilisant au passage l’Union Européenne. D’autres voient dans ce vote un « repli nationaliste » aux relents xénophobes. Passons rapidement sur ce point : ceux qui connaissent les Catalans savent qu’il n’ont rien de xénophobes. Même si les tensions peuvent laisser craindre une détérioration des relations entre Catalans et Espagnols, en tout cas la volonté de référendum n’est aucunement basée sur des haines quelconques, et un grand nombre d’indépendantistes catalans souhaitent un partenariat étroit avec l’Espagne.

Bien sûr, il y a toujours une part de risque géopolitique à vouloir changer les frontières d’un pays. On objectera qu’il y en a aussi une à vouloir nier aux peuples leurs libertés.

Le droit international prend en considération le « droit des peuples à décider d’eux-mêmes » comme un fondement de la démocratie. Un fondement périlleux, contestable et contesté au cas pas cas, puisqu’il peut déstabiliser des pays. Mais un fondement quand même. Le tout, c’est de savoir s’il y a « peuple », et s’il y a « décision » a décider de soi-même. Or, si les derniers sondages donnent les souverainistes perdant ce référendum, néanmoins 75% des Catalans sont favorables à la tenue du scrutin, afin de régler la question. Il y a une volonté, une décision référendaire bien évidente. Il ne s’agit pas d’une provocation temporaire, mais bien d’une revendication qui ne date pas d’hier chez les Catalans.

L’autre point important, c’est de savoir si les Catalans sont un « peuple ». Ils souriront (avec raison) en lisant cette question ! Mais les médias internationaux les qualifiant « d’Espagnols » partout et toujours, il pourrait paraître étonnant à un grand nombre de nos lecteurs francophones des Amériques que des Espagnols ne désirent ainsi plus être Espagnols. Un peu d’histoire s’impose : la Catalogne a par le passé été une nation puissante. Son drapeau « sang et or » est aujourd’hui encore gravé dans le marbre des palais de la Méditerranée, aussi bien en Grèce qu’en Sicile par exemple, à l’époque où le royaume d’Aragon était devenu un empire. La Couronne espagnole à longtemps été respectueuse de ses particularités. Et les singularités catalanes sont toujours bien évidentes à ceux qui y font attention. Certes, en vacances sur la Costa Brava ou les ramblas de Barcelone, les touristes peuvent converser en langue castillane avec les commerçants, et ils ne se rendent souvent pas compte que dans le reste de la Catalogne, ce n’est pas la langue que parlent les habitants. Culture, langue, commerce, industrie, mentalité, les Catalans sont bel et bien… des Catalans. Et il est un manque de respect certain (mais assez courant sur la Costa Brava) d’avoir passé des vacances chez eux sans s’en être aperçu !

Ayant eu la chance de longtemps habiter à Perpignan (Perpinyà, principale ville de la « Catalogne française », ou « catalogne du nord »), ce petit témoignage des réalités catalanes était le moindre des retours d’ascenseurs de ma part envers des gens qui ont si bien accueilli l’exotique étranger que j’étais. Bien évidemment, en tant que Français, je n’appelle pas du tout à l’indépendance de la Catalogne. J’appelle en revanche à ce qu’on les laisse voter sans leur envoyer la police ou l’armée pour saisir des urnes et des bulletins de vote. Pas uniquement par témoignage personnel, mais parce que nier ce droit aux Catalans est intrinsèquement malsain et dangereux. D’ailleurs, si l’Espagne voulait susciter un mouvement hostile à son encontre, c’est exactement ce qu’il fallait faire.

S’il est bien une évidence pour moi, c’est que ce référendum se fera. Le 1er octobre, ou le 1er novembre, ou dans un an… mais il se fera. Autant qu’il se passe de la manière la moins conflictuelle possible.



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