Sénateur Duvernois : « l’offre éducative française à l’étranger doit s’adapter aux nouveaux migrants »

Sénateur Duvernois : « l’offre éducative française à l’étranger doit s’adapter aux nouveaux migrants »
Louis Duvernois

Louis Duvernois

Après son passage au mois de janvier à Miami, le sénateur (L.R) français Louis Duvernois nous livre ses impressions, entre autres sur l’enseignement en français aux Etats-Unis. Pour lui, l’arrivée importante de nouveaux migrants français – qui viennent désormais pour s’installer durablement – a créé la nécessité de nouvelles offres, comme le Label FrancEducation. Il revient aussi sur l’attribution des « 100 000 euros aux écoles de Miami » (voir cet article). Pour expliquer qu’en fait ce n’était pas pour Miami, mais pour tous les Etats-Unis, et que ce sera au final bien plus que 100 000 euros, puisqu’il ne s’agit pas d’une « subvention », mais de la création d’un fonds en partenariat entre le public et le privé.

Louis Duvernois est sénateur des Français établis hors de France, Vice-Président de la Commission de la culture, de l’éducation et de la communication, Membre de la Commission Nationale des Bourses Scolaires.

Photo ci-dessus :  Louis Duvernois en visite au Lycée Franco-Américain de Cooper City en janvier dernier, accompagné du consul de France, Philippe Létrilliart, du conseiller consulaire Franck Bondrille, et d’une partie de l’équipe du LFA, dont sa fondatrice et directrice : Jacquelyne Hoy.

LE COURRIER DE FLORIDE : Vous êtes déjà venu plusieurs fois à Miami, comment percevez-vous la communauté française établie localement en comparaison avec d’autres grandes villes des Etats-Unis que vous connaissez bien ?

LOUIS DUVERNOIS : Comme vous le savez, les Etats-Unis sont un « pays continent » et un « pays monde » caractérisés par la diversité de sa population. Miami est une métropole du sud singulière, au carrefour géographique entre le nord, l’Amérique centrale et latine, ce qui la rend à la fois différente et attractive. Les besoins exprimés par nos compatriotes aux Etats-Unis sont par contre fondamentalement les mêmes. Ils sont axés sur la recherche d’une offre éducative française accessible, une protection sociale, santé et retraite. Le 401 K, retraite par capitalisation, est toujours incompris des pouvoirs publics français dans le calcul de l’attribution des bourses scolaires dans les établissements homologués par l’Education nationale. Ce sont, entre autres, des sujets de préoccupation pour la communauté expatriée.

LE CDF : Vous êtes vice-président de la Commission de la Culture, de l’Education et de la Communication (TV5Monde, France 24 et RFI) et vous n’ignorez pas que l’offre éducative française doit être améliorée. Croyez-vous que la communauté française expatriée est prête à accompagner de nouvelles offres ?

L.D :  Oui, très certainement. 11 000 Français* sont inscrits au Registre consulaire à Miami et on estime statistiquement que moins de 25% des enfants français scolarisés dans la circonscription le sont dans des établissements à programmes français. La marge de développement est grande pour élever ce pourcentage dans les meilleures conditions d’accès. Dans un monde globalisé générant la mobilité professionnelle et individuelle, le profil des Français qui s’expatrient a beaucoup changé au cours des dernières années. Ce sont de jeunes couples ayant des enfants à scolariser, bien formés professionnellement et qui choisissent de vivre une expérience à l’étranger sans avantages pécuniaires d’entreprise.

A Miami, comme ailleurs, l’offre éducative française doit s’adapter à ces nouveaux migrants qui privilégient un enseignement bilingue francophone aux Etats-Unis ; le français et l’anglais étant deux langues d’enseignement aux côtés d’autres langues vivantes étrangères, l’espagnol par exemple.

M. Duvernois avec M. et Mme Létrilliart, les conseillers consulaires Xavier Capdevielle, Jacques Brion et Franck Bondrille, la directrice de la FACC, Pascale Villet, des responsables des parents d'élèves, dont Roger Pardo (FIPA), Geneviève Alix (pdte Miami Accueil) et Jean-Michel Caffin, conseiller du commerce extérieur de la France.

M. Duvernois avec M. et Mme Létrilliart, les conseillers consulaires Xavier Capdevielle, Jacques Brion et Franck Bondrille, la directrice de la FACC, Pascale Villet, des responsables des parents d’élèves, dont Roger Pardo (FIPA), Geneviève Alix (pdte Miami Accueil) et Jean-Michel Caffin, conseiller du commerce extérieur de la France.

LE CDF : L’Education nationale vient de retirer l’homologation à deux écoles publiques à Miami. N’est-ce pas contradictoire avec vos propos précédents ?

L.D :  Il faut replacer les choses dans leur contexte, en employant un langage de raison et non passionnel. Depuis 1993, Miami bénéficiait et c’est un cas unique au monde, d’écoles homologuées dans des écoles publiques américaines de qualité au titre des programmes « International Studies ». Une réflexion est maintenant menée par le Ministère des Affaires étrangères et du Développement international (MAEDI) qui assume la tutelle de  l’enseignement français à l’étranger, sur l’évolution de notre offre éducative: l’Agence pour l’Enseignement Français à l’Etranger (AEFE), la Mission Laïque Française (MLF) et le Centre National d’Enseignement à Distance (CNED) sous tutelle de l’Education nationale. Essentiellement  pour deux raisons, la contrainte budgétaire des finances publiques et les attentes formulées par les nouveaux migrants à travers le monde, conduisent l’administration à reconfigurer la présence éducative extérieure avec la volonté d’en élargir le périmètre et en introduisant le « LabelFrancEducation » délivré par le MAEDI. C’est une avancée significative qui vise à continuer de soutenir la qualité de la pédagogie française auprès des expatriés et aussi des nationaux du pays d’accueil et autres étrangers qui nous font confiance. Mais comme toute évolution et en l’occurrence, tout élargissement de l’offre éducative, il est compréhensible qu’elle puisse provoquer des interrogations auxquelles nous nous employons à apporter des réponses constructives et concrètes. Le non-renouvellement de l’homologation par l’Education nationale de deux écoles à Miami n’est donc pas une sanction quelconque mais correspond à un désir profond d’un nouveau partenariat que le MAEDI propose à ces mêmes établissements et à d’autres qui seraient intéressés, d’accepter le « LabelFrancEducation » garantissant la poursuite de prestations pédagogiques françaises de grande qualité. Cette labellisation est une bonne réponse pour les enfants des familles françaises, américaines ou autres inscrits dans des établissements publics locaux qui font eux-mêmes l’effort de s’ouvrir sur d’autres langues et cultures en devenant bilingues.

LE CDF : Les déshomologations ont tout de même provoqué un vif émoi dans la communauté française de Floride ; n’y a-t-il pas eu a ce moment-là un problème d’explication et de communication entre les différents partenaires (gouvernement français, écoles, association) ?

L.D :  Toute évolution est par nature anxiogène pour l’être humain. Faire autrement que ce que nous faisions jusque-là est une situation qu’il faut apprendre à maitriser. Nous n’avons pas le choix. Le monde change et nous devons changer avec lui, bien sûr, et pour le mieux. En ma qualité de parlementaire chargé  de contrôler l’action du gouvernement, je ne suis pas le porte-parole des pouvoirs publics français mais le défenseur d’abord et avant tout de l’intérêt général des Français et des expatriés. La restructuration en cours par la la création potentielle d’un réseau labellisé aux côtés des 3 réseaux existants (AEFE, MLF, CNED) qui donnent d’excellents résultats scolaires constitue une solution et un progrès dans un monde éducatif français centralisé et technocratique. En proposant davantage de flexibilité et la garantie d’un enseignement labellisé reconnu et à moindre coût, nous continuons à participer également à l’étranger à la promotion de l’esprit de justice et d’égalité, qui sont des valeurs  de la République. Concrètement le « LabelFrancEducation » va  nous conduire – et c’est également une première – à la création d’un fonds de l’enseignement bilingue francophone chargé du recrutement d’assistants éducatifs et de la formation continue des professeurs. La tâche ne fait que commencer.

LE CDF : Vous faites référence, n’est-ce-pas, à un premier apport de 100.000 dollars des services culturels de l’ambassade de France (en résidence à New-York), pour abonder ce fonds. Qu’en est-il exactement ?

L.D : Oui, effectivement. Ce 4ème réseau en puissance ne vient pas concurrencer les 3 autres, loin de là ! L’originalité de son fonctionnement reposera sous la supervision de la puissance publique, sur l’établissement de partenariats public-privé. Aux 100.000 dollars fléchés s’ajoutent déjà près de 50.000 autres provenant du secteur privé comme par exemple de la French Heritage Society, très active dans le secteur du patrimoine, aux Etats-Unis et en France.

Ce capital  sera redistribué aux Etats-Unis par le service public aux écoles labellisées et au nombre desquelles Miami, de par son expérience en la matière et celle de la FIPA, aura sa place et toute sa place. La France veut construire un réseau d’écoles labellisées aux Etats-Unis, en coopération avec les autorités locales américaines compétentes pour créer des synergies profitables à tous les acteurs.

LE CDF : Les expatriés Français en Floride et aux Etats-Unis ont parfois l’impression d’être considéré par les autorités françaises comme des « exilés fiscaux ». Qu’en pensez-vous ?

L.D :  Hélas, c’est ce qu’on entend trop souvent. C’est une perception erronée qui perdure parfois dans l’esprit public. Encore une fois, éloignons-nous des passions et jugeons les faits. Membre de la commission sénatoriale sur l’évasion fiscale, j’ai obtenu et non sans difficulté du ministère des Finances, l’évaluation du nombre d’expatriés à caractère fiscal : moins de 1% des quelque 2 000 000 répertoriés administratifs, soit 20.000. Ce sont de ces derniers  dont on parle et pour cause, et non des autres qui contribuent pourtant au quotidien et dans tous les secteurs d’activité à faire rayonner et aimer la France sur les 5 continents. Cela dit, nous devons reconnaître que la France n’est pas historiquement un pays d’émigration alors que nous assistons en ce début de XXIème siècle à un mouvement migratoire d’une certaine importance numérique. Ce qui nous oblige à en tenir compte dans notre coopération, et notamment dans l’offre éducative française.

Plus de 300.000 enfants français ne sont pas scolarisés dans nos 3 réseaux et le premier des trois, l’AEFE, ne scolarise par ailleurs qu’un tiers du total des inscrits (125.000 élèves français).

Le 4ème réseau de l’éducation bilingue francophone en puissance (32 labellisés en 2012, 92 en 2015 et 200 en 2016-2017, sur les 5 continents, répond donc bien à l’élargissement de la demande. Le marché existe, c’est à nous tous de l’investir en continuant, rappelons-le, à construire ce que nous avons déjà initié ensemble, familles, établissement, Etat.

LE CDF : Vous êtes membre du parti « Les Républicains » qui organise cette année des Primaires pour désigner un candidat à l’élection présidentielle de 2017. Les Français à l’étranger pourront-ils participer à cette consultation publique ?

L.D :  Oui, sans aucun doute. Plusieurs candidats ont déjà fait savoir qu’ils avaient l’intention de se présenter à ces Primaires qui auront lieu en novembre prochain. Pour y participer, il faut être inscrit sur une liste électorale et le vote, dont les modalités sont en cours d’élaboration, se fera par internet. S’agissant de ces Primaires, j’invite nos compatriotes à prendrel’attache des représentations politiques (LR, UDI-UC) à l’étranger.

* 11000 français inscrits, mais 40 000 autres devraient le faire (note de la rédaction du Courrier de Floride)

 

Le Sugar Reef restaurant à Hollywood Floride



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