Le point sur l’affaire du meurtre du fils de la consule du Canada à Miami

Le point sur l’affaire du meurtre du fils de la consule du Canada à Miami
Les fils de la consule du Canada : Jean Wabafiyebazu (17 ans) a été tué ce jour-là, et son frère Marc (15 ans) est détenu pour “assassinat” (même si sa participation est loin d’être prouvée).

Les fils de la consule du Canada : Jean Wabafiyebazu (17 ans, à droite) a été tué ce jour-là, et son frère Marc (15 ans, à gauche) est détenu pour “assassinat” (même si sa participation est loin d’être prouvée).

Confrontés à des dealers de cannabis, les fils (15 ans et 17 ans) de la nouvelle consule générale du Canada, Roxanne Dubé, ont été mêlés à une fusillade le 30 mars dernier. Son fils aîné, Jean Wabafiyebazu, et un dealer ont été tués dans une maison de Coral Gables. Le plus jeune fils, Marc, est accusé « d’assassinat ». De nombreuses hypothèses ont été évoquées en avril dans les médias et sur Le Courrier de Floride : voici une synthèse pour y voir un peu plus clair.

consule canada

L’un des deux corps avait 10 impacts de balles…

Roxane Dubé, nouvelle consule générale du Canada à Miami.

Roxane Dubé, était arrivée avec ses enfants le mois précédent.

Fonctionnaire réputée des ministères canadiens et ex-ambassadrice au Zimbabwé, Roxanne Dubé était arrivée en poste au consulat de Miami fin janvier avec ses deux fils. Selon la petite amie du dealer Joshua Wright (17 ans, surnommé « Obama » dans le quartier), ce dernier aurait rencontré les fils de la consule du Canada durant l’Ultra Music Festival de Miami, gigantesque festival de musique électronique qui se déroulait les 28 et 29 mars, durant le « spring break ». D’après leur père (dont Mme Dubé est divorcée depuis 3 ans), les deux adolescents auraient demandé à la consule la permission de prendre sa voiture de fonction (avec plaques diplomatiques) afin « d’aller faire un tour ». A 14h15, ils arrivent devant une petite maison non loin du très chic Miracle Mile du quartier de Coral Gables. Mais les lieux sont un peu moins bien fréquentés à cet endroit. Habituellement, dès le matin, des adultes prennent le café dehors sur les terrasses, et ne semblent pas pressés d’aller travailler. Une fois garé, Jean Wabafiyebazu, 17 ans, se dirige vers la maison, apparemment armé de deux pistolets (selon les témoignages évoqués). La police pense qu’il pourrait avoir eu l’intention de voler 1 kilo de marijuana aux dealers. Son frère Marc (15 ans) reste dans la voiture. Quelques instants plus tard, des déflagrations retentissent. Trois autres jeunes personnes sont dans la maison. Certains ont effectivement la réputation d’être des dealers. L’une a été blessée au bras, et l’autre au foie (elles seront néanmoins sauvées par la suite). Qui a tiré sur ceux-là ?

Les lieux où au moins deux personnes ont perdu la vie.

Les lieux où la fusillade a éclaté.

Une vue plus large de cette petite maison non loin du prestigieux Miracle Mile dans le quartier de Coral Gables à Miami.

Une vue plus large de cette petite maison non loin du prestigieux Miracle Mile dans le quartier de Coral Gables à Miami.

LA RESPONSABILITE DU PETIT FRERE

Marc Wabafiyebazu.

Marc Wabafiyebazu.

Certains journaux ont indiqué que Marc avait quitté la voiture pour aller voir ce qui se passait dans la maison. Néanmoins, selon son avocat, l’enregistrement d’une bande de vidéo-surveillance le disculperait totalement, et aucun témoin ne l’accuseraient. Cette vidéo a par la suite été diffusée sur Youtube, et elle montre tout de même le jeune fils de la consule s’absentant durant plusieurs minutes de la voiture (sans qu’on puisse savoir si il est entré dans la maison), puis il revient à l’image courant derrière un dealer avec un objet à la main qui de toute évidence (c’est aussi l’avis du Miami Herald) ressemble à un pistolet (même si la qualité des images peut prêter à interprétation). L’arrivée des policiers est également visible sur l’enregistrement. L’un d’eux a accusé Marc Wabafiyebazu de l’avoir alors menacé de mort avec une arme, et la vidéo semble montrer l’inverse : un jeune homme plutôt impatient de voir arriver la police, et qui n’a pas, cette fois-ci, d’objet en main (même si la qualité des images est la même).

 

LA VIDEO DE CE QUI S’EST PASSE A L’EXTERIEUR :

 

INCULPE POUR ASSASSINAT

Une personne emmenée sur un brancard par la police sur les lieux de ce meurtre (capture d'écran NBC).

Une personne emmenée sur un brancard par la police sur les lieux de ce meurtre (capture d’écran NBC).

Ces éléments sont importants, car le fils survivant de Roxanne Dubé a été formellement accusé « d’assassinat » (first degree murder ») le 15 avril par un grand jury. En Floride, toute personne qui participe – directement ou indirectement – à un meurtre, peut en être accusé, même s’il n’a tué personne. S’il est prouvé qu’il a utilisé une arme ou qu’il a planifié le vol avec son frère aîné, il pourrait ainsi être condamné pour avoir causé cette fusillade et les deux morts qui en ont résulté. Il ne risque pas la peine de mort (abolie en 2005 aux Etats-Unis pour les mineurs), mais il sera néanmoins jugé pour « crime » par le tribunal pour adultes de Miami. Contrairement aux enfants des ambassadeurs, ceux des consuls ne peuvent bénéficier de l’immunité diplomatique.

« MARC N’A RIEN FAIT »

Me Curt Obront, avocat de Marc.

Me Curt Obront, avocat de Marc.

Sa défense est assurée par Me Curt Obront, un avocat francophone réputé de Miami, qui a précisé que son client plaiderait « non-coupable » et a donné une première explication dans un mémorandum remis à la justice : « Une fois que Marc a entendu les coups de feu, la vidéo montre qu’il sort alors de la voiture, marche en faisant un petit cercle apparemment de manière désorientée, revient dans la voiture pour la quitter à nouveau afin de voir ce qui est arrivé à son frère. (…) Marc était assis sur le siège passager de la voiture conduite par son frère ; il n’a pas participé activement de quelque façon à la prétendue tentative de vol à main armée comme il était assis dans la voiture avant les coups de feu et la tentative de vol à main armée. Marc n’a pas menacé ou tiré sur qui que ce soit ; il n’a touché personne ; il n’a pas fui la scène après la fusillade et il a au contraire attendu les autorités (…). La loi en Floride est claire : « Pour être déclaré coupable en tant qu’auteur principal d’un crime commis par un autre physiquement, le défendeur doit avoir eu soit l’intention de commettre l’infraction, soit d’avoir aidé l’autre personne à commettre effectivement le crime ». En outre, la simple présence sur les lieux d’un crime est insuffisante pour établir l’intention d’y participer.« 

PEU DE PREUVES

Joshua Wright, le dealer décédé.

Joshua Wright, le dealer décédé.

Reste un rapport de police précisant que Marc Wabafiyebazu aurait indiqué dans la voiture qui l’emmenait au commissariat qu’ils avaient prévu avec son frère cette escapade chez les dealers. La planification de cette attaque pourrait éventuellement justifier la charge de meurtre pour l’adolescent survivant à cette terrible affaire, mais ses propos dans la voiture de police semblent courts et ambigus ; quelques mots recueillis dans une situation complexe pour un jeune homme de 15 ans à qui, selon son avocat, il n’est pas même prouvé qu’on lui avait lu ses droits à ce moment-là. Quoi qu’il en soit, son implication dans ce drame, si elle est avérée, pourrait bien être très indirecte, même si la justice pense pouvoir maintenir le chef d’accusation. Le juge Richard Hersch a l’intention de débuter le procès le 20 juillet. Marc Wabafiyebazu sera donc traduit devant un tribunal pour adultes et il a été incarcéré dans une prison (également pour adultes) de Miami en attendant ce procès. Me Obront a indiqué vouloir demander une remise en liberté sous caution de son client.

Jean Wabafiyebazu, le fils de la consule décédé à Miami.

Jean Wabafiyebazu, le fils de la consule décédé à Miami.

DES PRECEDENTS ?

Selon le Miami Herald qui cite le rapport de police, les frères Wabafiyebazu auraient par le passé commis des vols au Canada, et la police les suspecterait ainsi d’avoir eu l’intention de « voler les dealers » de Miami. Le père de Marc et Jean n’y croyait pas durant les interviews qu’il a accordé aux télévisions le lendemain du drame. Il a assuré que, si son fils aîné prenait des narcotiques, son plus jeune fils s’est simplement retrouvé là… au mauvais endroit et au mauvais moment.

LE TEMPS DU RECUEILLEMENT 

Juste après le drame, des jeunes de Miami ont allumé des bougies, aussi bien les amis de Joshua « Obama » Wright, que les camarades de classe de Jean Wabafiyebazu.

Le dealer mort ce jour-là était surnommé "Obama"

Le dealer mort ce jour-là était surnommé « Obama »

Bien entendu, cette affaire a été un choc immense dans la communauté canadienne de Floride qui comptait fin mars, en pleine période de « snowbirding », certainement plus de 3 millions de ressortissants présents. Les télévisions canadiennes se sont précipitées vers Miami. La mission diplomatique canadienne de Floride est un poste très important, et le personnel du consulat a lui aussi été extrêmement choqué par ce qui s’est passé. Le ministère a immédiatement dépêché sur place l’ancienne consule, Louise Léger, qui venait d’être affectée à Ottawa, et qui connaît très bien à la fois les lieux et les agents du consulat de Miami. Elle assurera l’intérim.

Roxanne Dubé a décliné les demandes d’interviews – parfois en personne – à sa résidence consulaire, apparaissant très éprouvée.

Anthony Rodriguez est le dealer qui a survécu. Bien connu de la police, ce serait lui qui aurait apporté la mahijuana. Ce serait lui aussi qu'on voit s'enfuir sur la vidéo. (Photo : Photo/Miami-Dade Department of Corrections)

Anthony Rodriguez est le dealer qui a survécu. Bien connu de la police, ce serait lui qui aurait apporté la mahijuana. Ce serait lui aussi qu’on voit s’enfuir sur la vidéo. (Photo : Photo/Miami-Dade Department of Corrections)

Dans les jours qui ont suivi l’affaire, elle a adressé une lettre de condoléances à la famille de l’autre victime, Joshua Wright. « Votre douleur est notre douleur » , a-t-elle écrit. « Nous pouvons seulement espérer que, avec le temps, nous nous trouverons un but commun pour diminuer les causes de ces crimes violents. Pour l’instant, nous souhaitons juste être là pour Marc, notre fils incroyablement attentionné, qui aimait beaucoup son frère, et dire au revoir, dire tendrement et tranquillement à Jean, notre amour. »

Sa participation étant loin d’être clairement établie, il est convenable de considérer Marc Wabafiyebazu comme présumé innocent.

 

NOS PRECEDENTS ARTICLES SUR LE SUJET :

– Le fils de la consule du Canada a été inculpé de meurtre

– Le fils de la consule du Canada risque d’être jugé par un tribunal pour adultes de Miami

– Le fils de la consule du canada va plaider non-coupable

– La version de l’histoire par le père des enfants de la consule

– Le fils de la consule du Canada tué lors d’un trafic de drogues

LA REACTION DU PERE DES ENFANTS DE LA CONSULE :

 

LES LIEUX DE LA FUSILLADE :

 

EDITORIAL : « SONS OF ANARCHY »

En commentaire d’un de ses articles sur la fusillade qui a couté la vie au fils de la consule du Canada, le Miami Herald assurait que cette affaire « rappelle le Miami des années 1980 ». D’une part la sauvagerie de l’acte (l’un des deux cadavres portait 10 impacts de balles), mais un autre élément remémorait tristement les “années Scarface” : le fait que des enfants de notables soient mêlés (de près ou de loin) à un trafic de drogue. C’est à cette époque que Miami s’était développée grâce aux poudres blanches et noires. Ce passé prisé des journalistes est désormais révolu, néanmoins la violence n’a pas pour autant diminué aux USA ou en Floride. Elle s’est simplement ghettoïsée, aux mains d’inconnus qui apparemment méritent moins de lignes dans les journaux (sauf quand leur bêtise dépasse l’entendement et rend leur cas risible).

Sans vouloir extrapoler sur une affaire dont les tenants et les aboutissants ne sont pas encore connus, le fait que des adolescents fraichement expatriés soient ainsi confrontés – de manière si fatale – à la violence américaine, permet néanmoins de se poser des questions élémentaires de prudence. Certains milieux protégés à Miami Beach, Boca, Palm Beach, Aventura (ou même, comme on l’a vu, à Miracle Mile) ne sauraient faire oublier les réalités américaines. Un simple accrochage sur la route peut rapidement s’y transformer en drame. Aux Etats-Unis, la violence est crainte, mais elle est aussi une habitude de tous les jours. Elle inspire et façonne les adolescents bien au-delà des frontières, avec des productions de plus en plus fascinantes, que ce soit des jeux vidéos ou bien des films et séries TV comme Sons Or Anarchy, où tout, au final, se règle le plus simplement du monde… avec une balle entre les deux yeux. La différence entre la réalité et la fiction est parfois difficile à percevoir, et nul aux Etats-Unis n’est à l’abri d’un tel univers.

Gwendal Gauthier

Directeur du Courrier de Floride

Au nom de l’équipe du Courrier de Floride, je tenais à présenter nos condoléances à Mme la consule du Canada. Personne ne mérite ça.



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